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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/371

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Enfin, — morne contraste à cette douce idylle,
Le spectacle effrayant de la guerre civile,
La sombre barricade au coin d’un carrefour,
Une hécatombe humaine encombrant un faubourg,
D’un combat monstrueux victime expiatoire !
— Hélas ! n’est-il pas vrai ? c’est un tableau d’histoire.

Heureux artiste à qui, par un sort sans égal,
La réalité rit auprès de l’idéal !
Car, pendant que ta main crée une œuvre nouvelle,
Voici ta jeune fille et ton fils avec - elle,
L’une, grande déjà, le sourire dans l’œil,
L’autre, vif et hardi comme un jeune écureuil,
Qui te montrent là-bas dans leur grace enfantine
Le galbe ravissant de leur face mutine,
Et leur mère au front pure, au noble et doux maintien,
Qui trouve ce tableau plus charmant que le tien.

Le bonheur te sourit ; ouvre-lui ta poitrine ;
Vis en paix au penchant de ta verte colline,
Vois fleurir ton jardin et grandir tes enfans,
Oublie un peu la ville et ses toits étouffans.
Assez d’autres, sans toi, pencheront leurs fronts blêmes
Sur ce volcan humain où bouillent les systèmes ;
Assez d’autres, jaloux d’escalader le ciel,
Iront porter leur pierre à la tour de Babel.
À de plus doux travaux limite ton envie,
Que la gloire et l’amour se partagent ta vie ;
Nage dans la rivière et cours dans les forêts,
À la nature émue arrache ses secrets ;
Dans le calme du cœur pense, étudie et rêve ;
Le génie à ton front monte comme une sève,
Et tes amis charmés demanderont demain
Quel dieu dans ton travail a secondé ta main.

Tes amis !… Pour te voir, ils désertent la ville ;
Ton bateau les conduit sur la Seine tranquille,
Où le calme des bois vous invite au repos.
Dites ! mon nom vient-il parfois dans vos propos ?
Que je suis loin de vous, ô mes amis ! Cent lieues
Déroulent entre nous leurs longues nappes bleues.
Votre cœur pour l’absence, est-il pas refroidi ?
Tournez-vous quelquefois vos yeux vers le midi ?