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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/370

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POÉSIES.


À UN PEINTRE.


Voici sur les coteaux le matin souriant,
Le blond soleil de mai se lève à l’orient ;
L’heure propice, ami, comme moi te réveille
Sans doute, et te ramène au travail de la veille.
Ta main ferme reprend le pinceau familier ;
Je vois d’ici reluire aux murs de l’atelier
De tes tableaux futurs les exquises ébauches :
Là, des gens pris de vin, dans un lieu de débauches,
Les habits en désordre et les poils hérissés ;
Se menacent du poing sur les brocs renversés ;
Ici, des cavaliers qui s’en vont à la guerre ;
Bien campés sur leur selle et d’une mine fière ;
Et les joueurs de boule, et la femme aux yeux doux
Qui sourit dans son cadre avec ses cheveux roux,
Ailleurs, dans le secret d’une verte retraite,
À l’ombre des bosquets chante un jeune poète
Qui fait rêver d’Horace et du Décaméron ;
Des hommes en pourpoint, l’épée au ceinturon,
Des femmes dans l’éclat de leurs habits superbes,
Debout à ses côtés ou couchés dans les herbes,
Attentifs et charmés, dans un frais demi-jour,
S’enivrent de parfums, de musique et d’amour.