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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/37

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Ce récit doit être parfaitement exact. Le roi Louis-Philippe a parlé dans l’exil comme aux Tuileries : il a redit à son interlocuteur de Claremont ce qu’il disait depuis long-temps à tout le monde. Personne aujourd’hui n’ignorait ses dispositions, et M. le prince de Joinville les a exposées, avec une énergie que nous n’oserions égaler, dans une lettre célèbre où, vaincu par l’évidence et les approches du danger, le fils respectueux fait place au citoyen et au patriote. Cette lettre, écrite loin de France le 7 novembre 1847, adressée à M. le duc de Nemours et trouvée aux Tuileries fait tant d’honneur au prince et elle a été tant de fois livrée à la publicité [1], qu’il nous serait bien permis d’en emprunter quelques lignes ; mais un sentiment insurmontable nous interdit de faire aucun usage de confidences intimes épanchées dans le cœur d’un frère, quand celui qu’elles paraîtraient accuser est un père qui n’est plus sur un trône., J’aime mieux rappeler ces paroles authentiques que, quinze ans auparavant, le roi triomphant adressait au chef de l’opposition, M. Odilon Barrot : « J’ai un système de politique parfaitement arrêté. Ce système est le mien, et non celui de tel ou tel de mes ministres : plutôt que d’y renoncer, je me ferais broyer dans un mortier ! »

Tel était en effet le roi Louis-Philippe, un des hommes et des monarques de ce temps qui reste encore à apprécier. Ses hautes qualités comme ses défauts lui rendaient bien difficile de se plier au rôle modeste d’un simple roi constitutionnel. Un tel roi n’a guère besoin que d’un jugement solide, capable de reconnaître l’état vrai du pays et de l’opinion publique pour s’y accommoder. Il peut sans doute influer sur le gouvernement, mais avec discrétion, et en quelque sorte dans l’ombre, satisfait d’être utile et nécessaire sans paraître dominant. Il lui faut moins des convictions fortes, souvent dangereuses par leur excès, qu’une heureuse flexibilité d’esprit et de caractère. Il doit se défendre avant tout d’avoir un système hors duquel il ne voie que malheur et ruine. Il peut bien être whig ou tory, libéral ou conservateur, pourvu que, selon les circonstances, il sache faire fléchir son opinion particulière devant l’intérêt général, et donner tour à tour le gouvernement aux divers partis qui se le disputent dans le parlement et dans la nation. Le roi. Louis-Philippe n’a point réalisé cet idéal du roi constitutionnel. Il avait infiniment d’esprit, une mémoire prodigieuse, une grande connaissance des hommes, une intelligence prompte et vigoureuse, l’habitude et la passion du travail. Joignez à cela le plus aimable naturel, une bonté vraie qui souvent s’élevait sans effort jusqu’à la magnanimité. Avant de signer une sentence de mort, il se livrait aux recherches les plus minutieuses pour découvrir quelque

  1. Revue Rétrospective, n° 31, p. 480 et 481.