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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/36

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contre vous ; mais puis-je dont vous sacrifier les principes de toute ma vie, la révolution, et l’honneur de mon pays !

Pour défendre la France, il me faut retracer les fautes de ses gouvernemens. Celles du gouvernement de juillet se peuvent ramener à une seule, mais qui est grande et a suffi à le perdre.

La résistance à la réforme électorale et parlementaire a été l’occasion de la chute de la monarchie de juillet, mais sa vraie cause est plus profonde : elle est dans l’ancienne et inébranlable résolution de la couronne de ne changer de système et de ne jamais se rendre à l’opposition, même la plus dynastique et la plus constitutionnelle ; résolution qui, sans violer aucun article de la charte, l’éludait tout entière, et supprimait le gouvernement représentatif où la royauté a point n’a point de système, et appelle dans ses conseils, sans amour et sans haine, les hommes que lui désigne l’opinion. Pour cela, il est vrai, il faut que la royauté n’ait pas la prétention de conduire elle-même les affaires ; ou bien elle échange l’inviolabilité, attachée à son impartialité, contre la responsabilité redoutable qui nécessairement accompagne l’exercice du pouvoir.

En parlant ainsi, je ne fais que répéter ce que le roi Louis-Philippe a dit lui-même à Claremont, au mois de novembre 1849, à M. Ed. Lemoine [1].

« Des amis m’ont dit bien souvent ici à Claremont : Ah ! si le roi n’avait pas refusé la réforme, il serait encore aux Tuileries ! Je ne crois pas cela M. Guizot l’avait promise, cette réforme… Quant à moi, dont la vieille expérience avait deviné que la réforme n’était qu’une arme, un prétexte, j’avais formellement désapprouvé cette promesse, et j’avais dit : Tout le monde est pour la réforme ? les uns la demandent, les autres la promettent. Va donc pour la réforme ! Mais le jour où il faudra la donner, je ne prêterai pas les mains à cette faiblesse ! La réforme, c’est l’avènement de l’opposition, et l’avènement de l’opposition, c’est la guerre, c’est le commencement de la fin. Donc, aussitôt que l’opposition prendra les rênes du gouvernement, je m’en irai ! »

« Un de mes amis les plus dévoués recueillit ces paroles, et il me dit : Sire, un roi constitutionnel ne s’en va pas ; il subit la loi de la majorité, » et il reste ! — Non, il ne reste pas, avais-je répondu, si sa conscience lui dit que, sous son nom et avec son concours, c’est le mal du pays qu’on va faire, et, dans ce cas, plutôt que d’agir contre sa conscience, il s’en va ! »

« Ah ! sire, m’écriai-je avec tristesse, votre majesté a été conséquente avec elle-même. Quand le roi a cru que les affaires passaient aux mains de l’opposition, le roi s’en est allé !

  1. Abdication du roi Louis-Philippe racontée par lui-même.