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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/354

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dans une époque agitée, et lorsque le 5 pour 100 est à 93 fr, est un de ces expédiens suprêmes auxquels on ne doit recourir qu’après avoir épuisé toutes les autres ressources : Le ministre des finances, en se refusant, depuis dix-huit mois, à emprunter, a rendu un service très réel au crédit. Je crois qu’il est désirable et possible de prolonger la durée de ce système, surtout si l’on se détermine à réduire, par des consolidations opérées sur les livrets qui ont atteint le maximum la dette contractée à l’égard des caisses d’épargne.

Quant à la Banque, avant de reprendre ses paiemens en espèces et pour affronter les événemens avec toute sa liberté d’action, elle aurait dû par prudence stipuler le recouvrement intégral de sa créance sur le trésor ; mais ; puisqu’elle ne l’a pas fait, puisqu’elle s’est bornée à réduire de 75 millions les engagemens qui résultaient de la loi du 19 novembre 1849, il convient d’examiner si quelque danger imminent nous appelle à modifier l’état présent des choses.

En principe, la Banque de France, étant destinée à développer le crédit commercial, ne peut pas, sans troubler la sécurité de la circulation fiduciaire, devenir un instrument de crédit pour l’état. Lorsque les valeurs que représentent son capital et les comptes courans sont engagées dans les escomptes, ou lorsque la circulation de ses billets excède, dans une forte proportion, sa réserve métallique, en un mot, lorsque la Banque se livre aux opérations en vue desquelles elle a été fondée, alors il n’est ni régulier ni prudent de détourner les sommes dont elle dispose vers les canaux de la dette flottante, et de convertir ainsi le banquier du commerce en banquier du trésor. Ces choses-là ne se font que par le procédé révolutionnaire. En 1848, le gouvernement républicain obligea la Banque à lui prêter d’abord 50 millions contre des bons du trésor, et plus tard 150 millions contre une hypothèque sur les forets domaniales ; mais il fallut, pour rendre ces emprunts possibles, suspendre les paiemens en espèces et décréter le cours forcé des billets, permettre, pour tout dire, à la Banque de battre monnaie pour le service soit du public, soit de l’état.

Le 15 mars 1848 au moment où les billets de la Banque de France furent déclarés monnaie courante et obligatoire, la circulation de la Banque s’élevait à 275 millions ; elle devait 42 millions au trésor et 81 millions à divers déposans : au total 398 millions exigibles à vue. Depuis le 26 février, elle avait remboursé pour 70 millions de billets à la foule qui assiégeait les guichets ; il ne lui restait plus que 123 millions en numéraire. La moitié de son capital était immobilisée en rentes. Son portefeuille, surchargé par une telle crise, s’élevait à 303 millions. Un tiers de ces effets n’était pas réalisable et ne fut pas réalisé à l’échéance ; les deux autres tiers ne devaient rentrer que successivement et par fractions dans une période moyenne de quarante-cinq jours. Ajoutons que la Banque ne pouvait pas arrêter ou même