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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/343

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comme son principal grief, est à la veille de porter les fruits amers qu’il devait produire. Le nombre est déjà grand, et il s’accroît tous les jours, dans les rangs de la classe moyenne et des classes inférieures, de ceux qui regrettent et qui blâment la dépense la plus nécessaire comme la plus modérée. Les taxes les plus irréprochables deviennent le but contre lequel on dirige les haines politiques. Toute tentative faite pour ramener les contribuables à la raison même quand elle émane des amis les plus éprouvés d’une politique libérale, même quand elle émane des amis les plus éprouvés d’une politique libérale, s’abîme dans une tempête de désapprobation ou de mépris.

« Il n’y a pas de moyen plus facile ni plus vil d’obtenir une popularité, passagère que celui qui consiste à se donner les dehors d’une vigilance défiante à l’endroit de toutes les saignées faites à la bourse du public, en prenant l’initiative de la destruction de tel ou tel impôt plus ou moins coûteux ; mais il n’y a pas non plus de voie qui mène plus sûrement à un échec en fin de compte, ni de conduite qui rencontre un châtiment plus certain et plus exemplaire. Tous les impôts sont impopulaires et doivent, l’être ; les taxes les mieux assises ne sont que des maux nécessaires ; elles pèsent toutes et quelquefois deviennent dommageables à ceux qui les paient : Si la preuve de leur mauvaise tendance devenait une raison pour les détruire, il serait impossible de lever un revenu pour l’état… Pour justifier l’abolition d’un impôt, il faut montrer ou que l’on peut, en toute sécurité, se passer du revenu qu’il procure, ou qu’il est plus onéreux et plus funeste à la société que tel autre qu’il s’agirait d’y substituer, et, même ce point éclairci, il resterait encore à établir que les maux qui résulteraient de ce changement ne l’emportent pas sur le bénéfice qui peut en résulter.

« Il est grand temps de faire résolûment une levée de boucliers systématique contre les funestes conséquences de la conduite que nous avons signalée. Il importe à notre sécurité pour l’avenir et à la bonne administration des affaires publiques que tous les directeurs de l’opinion, soit dans le parlement, soit dans la presse, que tous ceux qui ont aujourd’hui ou qui auront pour devoir de gouverner le pays, ou d’agir sur l’esprit de ceux qui le gouvernent, envisagent sérieusement la responsabilité solennelle qui s’attache à leur position, et qu’avertis par les tendances dangereuses qui viennent de se manifester dans les rangs d’une partie de la population, ils s’abstiennent désormais d’éveiller cette haine ignorante de l’impôt qui, si elle était poussée plus avant et si elle continuait long-temps, finirait par rendre impossible l’administration de ce grand empire. »


Ainsi la guerre à l’impôt désorganise le gouvernement et embarrasse la marche de l’administration en Angleterre au milieu d’une prospérité presque fabuleuse et malgré l’influence protectrice d’institutions que le souffle révolutionnaire n’a pas encore ébranlées. Quel avertissement pour les peuples qui ont des institutions dont le temps n’a pas éprouvé la solidité, qui obéissent à des gouvernemens peu sûrs d’eux mêmes, et qui, après avoir traversé l’émeute, la guerre civile et le ralentissement ou la suspension du travail, commencent à peine à jouir d’une amélioration éphémère !