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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/329

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l’union restreinte n’existait plus. M. de Radowitz, en livrant son nom aux outrages, avait-il désarmé l’inflexible politique de M. de Schwarzenberg ? Hélas ! non. Après avoir combattu l’ambition de la Prusse, l’Autriche victorieuse dépassait le but ; l’Autriche se vengeait. Il plaisait au cabinet de Vienne de triompher cruellement et d’humilier devant l’Allemagne et l’Europe ceux qui avaient réclamé l’empire au nom du droit révolutionnaire. La Prusse demandait à sauver sa dignité en réglant, de concert avec l’Autriche, le déplorable conflit de la Hesse. Non, disait, toujours l’Autriche par la voix de la diète, et tandis que l’armée fédérale, composée d’Autrichiens : et de Bavarois, se préparait à envahir les états de l’électeur, il fallait que la Prusse se bornât à occuper les routes d’étapes que lui assignent les traités. Reculer encore après tant de concessions, laisser l’Autriche intervenir toute seule dans une affaire d’intérêt général, ce n’était plus réparer une faute, c’était sacrifier l’honneur d’un grand pays, du pays le plus brave de toute, l’Allemagne et le plus jaloux de son honneur militaire. M. de Radowitz, cette fois, n’hésita pas : il tira l’épée de la Prusse. La landwehr fut convoquée, et un cri de guerre retentit d’un bout de la Prusse à l’autre avec un indicible enthousiasme, La guerre ! la guerre civile au sein de l’Allemagne, après trois ans de négociations et de travaux de toute sorte pour unir plus étroitement les enfans de la famille germanique ! La guerre entre les deux grandes puissances de l’Allemagne, la guerre des deux vengeurs de l’ordre en face de la révolution vaincue, mais non anéantie. ! Il y avait là de quoi réfléchir. En même temps que M. de Radowitz convoquait la landwehr, ses collègues espéraient bien encore détourner les affreux malheurs d’une lutte fratricide. Soit que la Prusse fût résolue à descendre sur le champ de bataille, soit qu’on préférât négocier, M. de Radowitz ne pouvait rester ministre. Voulait-on la guerre ? il fallait, pour la diriger, une autorité plus ferme, et l’homme dont tous les partis se défiaient était le dernier qui pût convenir à un tel rôle. Voulait-on négocier avec l’Autriche ? le fondateur de l’union restreinte le représentant des ambitions prussiennes était incapable de fléchir M. de Schwarzenberg et d’obtenir les meilleures conditions pour son pays. On négocia ; aussitôt M. de Radowitz fut renversé du pouvoir par la force même d’une situation impossible.

La chute de M. de Radowitz fut regardée un instant par le parti libéral comme une nouvelle concession à l’Autriche. Celui qu’on insultait la veille, bon nombre d’esprits passionnés le regrettèrent le lendemain ; il était, disait-on, le défenseur de la politique nationale, et c’est sous ce drapeau qu’il était noblement tombé. Il est vrai que les regrets ne durèrent pas très long-temps. Quinze jours après, un journal de Berlin résumait ainsi, à propos de M. de Radowitz et des différentes phases de sa carrière, les dispositions changeantes de la pensée publique :