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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/325

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de curieux aux abords du palais ce fut tout ; aucune de ces démonstrations joueuses qui révélaient si bien à Francfort les crédules espérances de l’Allemagne. Les leçons de l’expérience commençaient à détromper bien des esprits ; on se défiait d’ailleurs des intentions de la Prusse, et ce parlement, d’où la plus grande moitié de la patrie était exclue, attestait les insurmontables difficultés de la tâche si follement entreprise en dépit de la logique et de l’histoire. Nul symbole ne pouvait parler plus haut ; l’instinct de la foule sut le comprendre. Les utopistes cependant persistaient toujours, les uns par besoin d’innovation, les autres par une sorte de défi à l’Autriche, ceux-ci pour soutenir jusqu’au bout la gageure ; il y en avait aussi pour qui c’était une satisfaction secrète d’entrer au parlement, afin de préparer sa déroute et d’en triompher. C’est au milieu de ces divisions que les fondateurs de l’unité se mirent à l’œuvre. M. de Radowitz est conseiller d’administration de l’union restreinte et commissaire auprès du parlement ; c’est lui qui représente, non pas seulement la Prusse, mais tout l’état fédératif, tous les pays qui ont adhéré à ce nouvel empire ; c’est à lui de diriger les travaux de la diète. Le publiciste et le diplomate ont terminé leur rôle ; la mission de l’homme d’état et du législateur commence.- L’union restreinte, le collège des princes, le parlement d’Erfurt, sont la création de sa pensée ; il s’agit de savoir si cette constitution pourra vivre. Quelque soin qu’il apporte toujours à se retirer dans l’ombre, il faut bien, cette fois, qu’il paraisse au grand jour ; victoire ou défaite, il faut que le résultat soit public et que l’Allemagne puisse juger l’événement.

La diète l’empire à Erfurt était composée de deux chambres, la chambre des états (Staatenhaus) et la chambre du peuple (Volkshaus). Le 26 mars, M. de Radowitz prononçait devant la chambre du peuple au discours qui fut comme l’inauguration et le programme des travaux. Il semblait que chaque jour augmentât son audace et le séparât de ses anciens amis par une barrière nouvelle. Il commença par glorifier l’assemblée de Francfort ; « elle a eu, disait-il, l’éclat extraordinaire qui accompagne les entreprises dont le monde est ébranlé ; le rôle de l’assemblée d’Erfurt est plus modeste. » Et ce rôle modeste, il l’exposait avec une ferveur enthousiaste, il en exagérait la signification par le langage le plus passionné. Ici, il dénonçait l’inintelligente jalousie de l’Autriche ; là, il flétrissait ces petites cours dont la souveraineté ne date que de la chute de l’empire d’Allemagne et de l’abaissement de la patrie ; plus loin, il ne craignait pas de reprocher à la Saxe et au Hanovre une honteuse violation de la parole jurée. Le parti de Gotha, c’est-à-dire le parti des libéraux constitutionnels, qui, après la déroute du parlement de Francfort, avait essayé de reconstituer à Gotha une nouvelle assemblée nationale, était décidément le point d’appui que recherchait M. de