Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/320

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Pendant le temps qu’il a passé à l’église Saint-Paul M. de Radowitz s’est attaché surtout à ramener les législateurs sur le terrain du droit, Rechtsboden, comme disent nos voisins. Ce n’était pas dans cette as semblée que les droits du peuple avaient besoin d’avocats ; les droit de la royauté, au contraire, étaient méconnus avec la plus intrépide insouciance. L’assemblée de Francfort ne voulait pas être républicaine ; elle avait solennellement repoussé la république, et elle oubliait dans sa candeur que les souverains allemands n’étaient pas moins intéressés qu’elle aux transformations de la patrie. N’est-ce pas pour avoir refusé de s’entendre avec les gouvernemens que ce congrès de rêveurs, après tant de discussions fastueuses et tant d’édifices construits dans les nuages, s’est préparé une fin si misérable ? Le spectacle de ces incompréhensibles illusions semble donner à M. de Radowitz le sentiment de la réalité. Comme son rôle en cette occasion n’est pas de proposer un système mais seulement de combattre les erreurs et les folies du parlement, il est presque toujours, dans le vrai. Ces contradictions dont nous l’avons blâmé et que nous aurons encore à signaler dans sa conduite, il y échappe sans peine. Sa pensée est nette, sa parole est droite et précise. Le moment le plus favorable à sa réputation d’homme d’état, la période où il a le mieux suivi la voie de la raison et rendu le plus de services, c’est peut-être cette période du parlement de. Francfort. Plus tard, il sera chargé lui-même de la mission où a échoué le parlement, et, dans cette lutte avec l’impossible, il commettra des fautes désastreuses. Ici, il n’a qu’à arrêter les usurpations de l’assemblée, il n’a qu’à combattre l’esprit révolutionnaire, et il remplit cette tâche avec une raison supérieure. Je dis les usurpations et l’esprit révolutionnaire de l’assemblée ; quant à ses erreurs patriotiques, ce n’est pas M. de Radowitz qui eût été en mesure de les repousser, il les partageait toutes. Dans la question du Schleswig et de la Pologne, M. de Radowitz a parlé et voté comme les plus aveugles soldats du teutonisme. N’importe ; il avait agrandi et fortifié son talent ; il était sorti du domaine des théories pour se mesurer avec les hommes. Aux prises avec une assemblée tumultueuse, il avait su la dompter maintes fois par l’énergie du langage et l’ascendant de la raison. Orateur moins brillant que M. de Vincke, moins abondant que M. de Gagern, il n’avait pas d’égal quand il fallait donner à sa pensée une forme serrée, rapide, et jeter de ces mots décisifs qui se gravent invinciblement dans l’esprit. Cette parole sobre et nerveuse, qu’elle triomphât ou non, remuait toujours la foule et la forçait à réfléchir. C’est peu à peu, que M. de Radowitz acquit cette singulière puissance. S’il y a aujourd’hui en Allemagne des orateurs plus complets, il n’en est pas qui soient plus capables de maîtriser une grande assemblée, de l’obliger au silence, d’arrêter les interruptions et les murmures, de lui commander enfin par le prestige du talent et l’autorité de la personne. N’eût-il gagné que