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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/319

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de l’Allemagne ; c’est là qu’il faut chercher l’unité de sa conduit publiciste, les théories féodales dont nous avons parlé semblent une forteresse inexpugnable où il s’est retranché à jamais ; homme politique, il oublie aisément son système pour tout subordonner à son dévouement comme sujet, à ses rêves comme patriote. L’assemblée de Francfort avait la prétention de constituer cette nouvelle Allemagnne appelée par tant de vœux enthousiastes ; en outre, les intérêts de la royaux en général et de Frédéric-Guillaume IV en particulier avaient besoin d’être courageusement défendus contre les entreprises révolutionnaires : que fallait-il de plus pour que M. de Radowitz allât prendra place sur les bancs de l’église Saint-Paul ? Son entrée produisit une impression profonde : c’était la première fois qu’il venait s’asseoir dans une assemblée délibérante. Il n’avait pas siégé à Berlin aux états de 1847, il n’avait pas été mêlé à cette brillante lutte où M. de Camphausen, M. Hansemann, avaient conquis leur rang comme chefs de parti et fait leurs preuves d’éloquence. Une haute et mystérieuse réputation le précédait. L’aversaire dogmatique des espérances constitutionnelles de l’Allemagne le partisan d’une monarchie féodale, l’ami et le conseiller de Frédéric-Guillaume IV paraissant tout à coup au sein d’une assemblée révolutionnaire devait naturellement attirer tous les regards. On savait aussi que ce défenseur du moyen-âge était un patriote passionné ; on savait que nul ne désirait avec plus d’ardeur que lui l’union de tous les états allemands, et sa récente brochure, l’Allemagne et Frédéric-Guillaume IV, venait de révéler la part active qu’il avait prise à l’accomplissement de ce grand dessein : Cet étrange assemblage d’opinions ne pouvait laisser personne indifférent, suspect au plus grand nombre, il commandait l’estime à ses ennemis, tandis qu’il était pour ses amis eux-mêmes un sujet d’étonnement et d’étude. Son attitude austère ajoutait encore à l’influence de son nom. Voyez-vous cette tête grave, cette lèvre altière, cette épaisse moustache noire, ces yeux ardens et profonds, ce front haut que creusent les rides de la pensée et que couronnent des cheveux blanchissans : quel est ce personnage qu’on remarquerait entre mille ? Il ressemble, dit un des chroniqueurs de l’église Saint-Paul, à un portrait de Vélasquez. Taciturne, impassible, à la fierté du soldat il joint une sorte de rigidité monacale. S’il échange une parole avec ses voisins, c’est pour donner un signal ou faire courir un ordre. Le plus souvent, les yeux fixés sur son papier, il écoute, il prend des notes, et, quand il monte à la tribune, on le dirait aussi indifférent aux bravos qu’aux murmures. Cet homme qui a toutes les allures du commandement, et qui, entouré de collègues tels que M. de Vincke, M. de Veisler et M. le comte Schwerin, se révèle au premier regard comme leur chef, c’est l’orateur en effet, c’est le chef le plus autorisé de la droite au parlement e Francfort, M. le général de Radowitz.