Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/318

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


conseils donner à son maître ? D’un côté, n’était-ce pas là un de ces événemens comme celui qu’il avait appelé dans ses rêves ? De l’autre, était-ce bien à la royauté d’accepter les secours de la révolution triomphante ? M. de Radowitz n’est pas un caractère décidé ; il devait l’être moins que jamais au milieu de ces secousses qui font fléchir si souvent les plus fermes courages. Il comprit bien que l’esprit révolutionnaire ne pouvait être l’allié de Frédéric-Guillaume IV, mais il ne rompit pas et ne conseilla pas de rompre ouvertement cette périlleuse alliance. Emprunter à la révolution tout ce qui pouvait favoriser ses plans, et prendre soin toutefois de se compromettre le moins possible avec elle, telle fut désormais sa politique. Pour cela, il fallait que le plénipotentiaire de Frédéric-Guillaume IV quittât immédiatement, ses fonctions adversaire du libéralisme, l’un des chefs déclarés du parti qui regrettait le moyen-âge il ne pouvait demeurer à son poste sans nuire à la popularité nouvelle que convoitait son maître. Plus tard, quand les transformations de sa pensée seraient connues de tous, il serait toujours temps pour lui de rentrer aux affaires. Il se retira donc, il chercha la solitude, et pour utiliser encore ses loisirs au profit de sa politique, il écrivit une brochure où sont exposés avec une simplicité digne tous les efforts tentés depuis 1846 dans l’intérêt de l’unité allemande. Cet écrit intitulé l’Allemagne et Frédéric-Guillaume IV, est à la fois un curieux chapitre de mémoires et un plaidoyer habile. M. de Radowitz y raconte la part qu’il a prise aux négociations, ses efforts auprès de la diète, ses voyages à Vienne, et les concessions obtenues du ministère autrichien, surtout il veut prouver à l’Europe que la politique hardiment annoncé le 18 mars par Frédéric-Guillaume n’est pas chez lui une excitation révolutionnaire, mais la suite d’un projet depuis longtemps conçu, le complément de travaux diplomatiques sérieux, qui avaient déjà produit leurs résultats. Profiter de la révolution sans se confondre avec elle, telle est toujours l’illusion qui entraîne ce chimérique esprit.

M. de Radowitz fut bientôt arraché à sa retraite. Les notables appelés à Francfort par l’initiative audacieuse du comité d’Heidelberg avaient convoqué pour le mois de mai l’assemblée nationale de l’Allemagne entière. La place de M. de Radowitz était marquée d’avance dans un parlement qui devait réunir toutes les célébrités du pays. Les électeurs du district d’Arnsberg en Westphalie le choisirent pour représentant. Si l’on ne se rappelait que les violens reproches adressés par M. de Radowitz au système constitutionnel, on éprouverait quelque surprise en le voyant accepter un tel mandat : il faut s’accoutumer aux contradictions avec M. de Radowitz. – Il y a d’ailleurs dans ce noble cœur deux sentimens, j’allais dire deux passions, qui expliquent sa vie entière : il est ardemment dévoué à son roi et à la cause de la régénération