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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/313

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II

Au moment même où M. de Radowitz composait ses Entretiens sur l’État et l’Église il s’efforçait d’en réaliser les doctrines dans le domaine des affaires. Deux points surtout, nous l’avons vu, attiraient toute son attention et formaient la base de son système : il voulait une monarchie qui ne fût ni absolutiste, ni constitutionnelle, une monarchie entourée d’états provinciaux, et il appelait impatiemment une révision de la diète qui pût donner à la Prusse la direction de la politique allemande. Sur le premier point, M. de Radowitz semblait triompher. Frédéric-Guillaume IV, pressé par l’irrésistible élan de l’esprit public, avait promulgué la patente du 3 février 1847 ; mais on sait combien il y avait loin encore de ces premiers états-généraux de la Prusse a une constitution sérieuse. Qu’allait-on voir sortir de cette épreuve ? Était-ce un retour à ces monarchies du XIIIe siècle, qui sont pour M. de Radowitz l’idéal des sociétés humaines ? La lutte s’engagea vivement. Les deux systèmes étaient en présence : l’esprit moderne et l’esprit du moyen âge, le droit historique et le droit de la raison. Des bords du Rhin, et des frontières de la Silésie, de Cologne, de Breslau, de Stettin, de Halle, des députés accouraient, impatiens de se soustraire au morcellement provincial de faire éclater, en dépit de tous les obstacles, le vivant esprit de la nation prussienne. L’école historique, au contraire, espérait bien maintenir ces distinctions de lieux et obliger les représentans d’un peuple à n’être que les mandataires des intérêts spéciaux, les délégués de la Poméranie ou de la Prusse rhénane, de la Westphalie ou de la Marche. L’histoire de la diète de 1847 n’est que le tableau décès prétentions aux prises. Or, quelles que fussent les forces de la phalange constitutionnelle, quel que fût le talent des chefs et l’ardeur des soldats, ceux qui avaient le droit de compter sur l’exaltation systématique de Frédéric-Guillaume IV devaient se croire assurés du résultat. Il y a chez M. de Radowitz, au milieu de toute la ferveur de ses idées, une sorte d’impassibilité majestueuse, quelque chose comme la confiance imperturbable de l’extase. Qui aurait pu ébranler sa foi dans la nécessité de son système et la mission de Frédéric-Guillaume ? Un peu plus tôt, un peu plus tard, il ne doutait pas que l’état germanique et chrétien ne dût être fondé, pour l’édification de l’Europe, par la volonté de son royal ami.

Il n’était pas si facile de mener à bonne fin le grand problème de la diète. Le 22 juillet 1846, la Prusse, d’après le conseil de M. de Radowitz, avait demandé à la diète que toutes les mesures provisoirement prises contre la presse fussent supprimées pour faire place à une législation