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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/307

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C’est au nom de l’état germanique et chrétien qu’il repousse l’absolutisme éclairé des bureaucrates et le régime constitutionnel : le premier, parce qu’il ne fait point sa part à la liberté ; le second, parce que méconnaissant la nécessité de la dépendance, il est infailliblement conduit à envahir, à usurper les droits du souverain, et par suite à détruire l’institution monarchique. À l’un et à l’autre, il oppose les états provinciaux. Une monarchie entourée d’états provinciaux, voilà, selon lui, le progrès nécessaire, le progrès véritablement conforme au droit historique de l’Allemagne et de l’Europe entière. « Les états provinciaux, s’écrie M. de Radowitz, ont une base ferme et bien définie ; ils représentent des droits, et la limite de ces droits est aussi la limite de leur action ; les chambres, au contraire, dans le système constitutionnel, au lieu de représenter des droits ne représentent que des opinions, et de là toutes les erreurs des assemblées, de là des excès de pouvoir, des usurpations, des coups d’état, ou tout au moins ces conflits perpétuels qui entretiennent l’esprit révolutionnaire, et finissent par mettre le feu à l’édifice.

J’explique les théories de M. de Radowitz sans opposer à ses idées des objections formulées maintes fois et qui s’offrent d’elles-mêmes à l’esprit. Qu’est-ce que des états provinciaux qui représentent des droits et des chambres qui ne représentent que des opinions ? L’auteur avait-il une pensée bien nette, quand il s’exprimait ainsi ? Se faisait-il une claire image des choses Et n’est-ce pas plutôt le contraire qui est vrai ? Les états provinciaux ne sont le plus souvent qu’une chambre consultative, dépourvus de tout droit efficace et sérieux, c’est l’opinion seule qui peut leur donner quelque force. Les assemblées, au contraire, représentent à la fois et l’opinion du pays et certains droits réels que les autres pouvoirs sont tenus de respecter. Ce qu’il y a de singulier, c’est que ce grand ennemi de la monarchie constitutionnelle a la prétention de faire les concessions les plus larges à l’esprit nouveau ; il ne veut pas de censure pour la presse, il attaque la police avec la verve irréfléchie d’un tribun, il proclame que la puissance à tort ou à raison, appartient désormais aux classes moyennes. Partisan déclaré des royautés féodales du moyen-âge, il parle en nobles termes des progrès de la conscience publique et de la légitimité de ses exigences. Il s’en fait lui-même l’ardent interprète, et adresse aux gouvernemens des sommations menaçantes. Or, reconnaître, comme il le fait parfois si hardiment, la puissance de l’opinion publique, et prétendre que l’opinion ne doit pas être représentée dans les chambres, que l’état ne doit pas s’en soucier, qu’il n’y a pas de place au sein d’une monarchie pour cette reine du monde, c’est une de ces contradictions qui remplissent son livre, et dont un esprit plus pratique ou plus résolu ne se rendrait jamais coupable. M. de Waldheim, dans une