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Quelle est maintenant la pensée de M. de Waldheim, c’est-à-dire de M. de Radowitz lui-même ; sur les grandes questions débattues entre les cinq amis ? S’il repousse l’absolutisme et le système représentatif, quelle, forme de gouvernement souhaite-t-il pour son pays ? Le vrai gouvernement pour M. de Waldheim, le seul qui soit conforme à la vérité, le seul qui réponde à la fois et aux nécessités de l’histoire et à la volonté de Dieu, c’est ce qu’il appelle l’état chrétien et germanique. Il y a, selon lui, deux manières d’entendre les rapports des citoyens avec l’état : il y a l’idée antique de l’état, et l’idée de l’état tel que le christianisme l’a conçu. Dans l’opinion, des anciens, l’individu était sacrifié à la cité ; sa volonté, son action, sa vie entière, devaient s’absorber dans l’existence commune. C’est pour cela qu’ils n’avaient pas de choix ; comme nous, entre plusieurs formes de gouvernement ; république ou tyrannie, il n’y avait pas moyen d’échapper à ce terrible dilemme. L’histoire l’atteste en effet, l’antiquité n’a pas connu et ne pouvait connaître d’autres institutions que celles-la. Le christianisme a délivré les esprits de cette fausse idée de l’état ; il a dit aux hommes - Ce n’est pas l’état qui est le terme de vos destinées ; une autre vie vous attend. Soumettez-vous donc à vos maîtres, mais non pas pour leur faire le don de vous-mêmes ; soumettez-vous pour obéir au maître unique, au maître éternel qui seul doit être la règle de votre vie et le but de toutes vos actions.- Il ne suffisait pas cependant que le christianisme eût affranchi les esprits du joug de l’état ; l’obéissance enseignée par la religion nouvelle, si elle n’eût été associée à l’idée du liberté, n’aurait produit dans le monde qu’une tyrannie plus complète encore, e une sorte de césaropapie (c’est le terme qu’emploie M. de Radowitz) comme chez les empereurs de Rome et de Byzance. Il était nécessaire qu’une nouvelle race parût, une race vierge, hardie, fortement attachée à la liberté individuelle ; cette race, la Providence l’a introduite dans l’histoire presque en même temps que le christianisme ; dès-lors la monarchie, ce grand système de gouvernement inconnu aux nations païennes ; a pu être glorieusement réalisée. L’idée chrétienne de l’obéissance et l’idée germanique de liberté se servant de complément l’une à l’autre, il a existé des citoyens à la fois libres et soumis, des hommes maîtres d’eux-mêmes et unis cependant par la protection d’une souveraineté tutélaire. L’état païen ne pouvait créer que des républiques ou des tyrannies qui dévoraient tous les enfans de la cité ; l’état germanique et chrétien a fondé les monarchies modernes, lesquelles assurent tout ensemble et notre liberté et notre dépendance, deux conditions essentielles de la vraie dignité de l’homme sur cette terre. Voilà pour les principes généraux. M. de Radowitz les applique aux questions les plus récentes, et il en tire des conséquences qui lui servent de règle de conduite dans tous les problèmes du jour.