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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/272

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mais le général Gentil était là, qui le recevait rudement ; peu s’en fallait même que l’émir ne tombât dans ses mains. Chassé des vallées de l’Isser, Abd-el-Kader chercha un asile chez les Kabyles de l’est, dans le Djerjera. Le maréchal, qui se trouvait en ce moment dans l’Ouérenséris, partit aussitôt, arriva chez les Beni-Kalfaun, qu’il châtia ; mais, pendant qu’il tournait le Djerjera, Abd-el-Kader en descendit les pentes occidentales, revint à travers le Hamza et disparut, livrant ceux qui s’étaient compromis pour lui à la merci du vainqueur.

Le maréchal rentra enfin à Alger le 18 février espérant y trouver le repos pour sa colonne après quatre mois de courses incessantes. Il se trompait. Quelques jours après, il apprit qu’Abd-el-Kader avait reparu dans la Kabylie : il repartit avec des troupes fraîches ; mais les Kabyles n’attendirent pas cette fois l’arrivée du maréchal pour expulser Abd-el-Kader. Celui-ci fait alors une pointe de quarante lieues vers le sud-ouest sans s’arrêter. Le colonel Camou le rencontre du côté de Boghar, lui tue la majeure partie de ses cavaliers, s’empare de tous ses chevaux de relais, et le renvoie ainsi mutilé au général Yusuf, qui le poursuit à son tour de bivouac en bivouac, toujours bride abattue, l’atteint une première fois, le poursuit encore plus avant, et châtie les tribus du désert qui ont donné un asile de quatre heures aux quatorze cavaliers restés à l’émir. Ainsi poursuivi par les infatigables spahis de Yusuf, Abd-el-Kader abandonna les Ouled-Naïls compromis par lui, remonte vers le Serssous, essaie de se réfugier dans l’Ouérenséris ; mais il apprend que le maréchal vient d’en chasser Bou-Maza et El-Séghir, le successeur de Sidi-Embareck. Il reprend sa course vers l’ouest, arrive le 5 mai 1848 à Stétinn, où Bou-Maza et El-Séghir viennent le joindre. Le colonel Regnaud se met en chasse à son tour ; il atteint enfin l’émir dans les premiers jours de juin, chez les Chenalah, lui tue ses derniers cavaliers et le rejette, par-delà la frontière du Maroc, que l’émir ne devait plus repasser que pour se rendre aux Français.

Telle fut la fin de cette campagne furieuse et haletante à laquelle personne ne comprenait rien en France ni ailleurs. Ce fut pourtant la plus intelligente et la mieux ordonnée de toutes les campagnes du maréchal en Afrique, comme le résultat l’a démontré de reste. De quoi s’agissait-il en effet ? De s’emparer d’Abd-el-Kader ? C’est bien là ce qu’on demandait en France, précisément parce qu’on savait la chose à peu près impossible mais Abd-el-Kader pris, restait Bou-Maza, et, après Bou-Maza, d’autres intrigans et d’autres ambitieux, qui auraient continué l’œuvre de l’insurrection auprès de ces tribus si facilement inflammables. L’important était donc de compromettre Abd-el-Kader et ses imitateurs vis-à-vis des tribus même qui les avaient accueillis ou appelés. Pour cela, il suffisait d’être toujours, en mesure de tomber sur