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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/270

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ouvertes des deux côtés. Les parlementaires qu’on envoya aux réfugiés pour traiter de leur reddition furent massacrés par eux. Alors, comme le colonel Pélissier n’avait pas le temps d’attendre que la faim chassât ces fanatiques de leur repaire, une compagnie coupa des fascines, les fit pénétrer dans les fissures des rochers et y mit le feu, pendant que le reste du bataillon cernait les avenues de la grotte pour recueillir les Kabyles que la fumée pousserait dehors. Malheureusement les fascines étaient humides et furent longues à prendre feu. Enfin une fumée épaisse s’éleva d’entre les rochers ; mais une rafale la rabattit et l’engouffra dans la grotte. Les heures se passaient pourtant, et aucun Kabyle ne paraissait. On entendait dans l’intérieur, comme des gémissemens et le bruit d’une lutte. — Le jour arriva tout était silencieux dans la grotte. La fumée avait disparu, mais elle n’avait pas laissé un seul être vivant sur son passage. Nos soldats pénétrèrent dans la grotte ; ils y trouvèrent huit cents cadavres. Quelques jours après, les Sbéas s’étaient retirés dans leurs grottes comme les Ouled-Rhia on ne fut point obligé d’employer contre eux les fascines ; on les bloqua, ils se rendirent.

L’insurrection s’apaisa peu à peu. Bou-Maza, chassé du Dahra et de l’Ouérenséris, s’était réfugié dans les montagnes des Flittas ; mais il était inévitable que les tribus fidèles, ébranlées dans leur soumission par la propagande qu’on faisait autour d’elles, céderaient bientôt à l’entraînement de la révolte. Le départ du maréchal pour la France ; le 4 septembre, fait en effet le signal d’une grande levée de boucliers. Les Beni-Amers, qui avaient combattu l’émir à nos côtés en 1843, les Traras, qui l’avaient accueilli à coups de fusil lorsqu’il venait chercher un refuge dans leurs montagnes, furent les premiers à l’accueillir après la moisson de 1845. – Le 22 septembre 1845, la tribu des Souhélia vint à Djemma-Ghazouat demander secours au colonel Montagnac contre Abd-el-Kader, qui, dit elle, traversait son territoire, pour aller soulever les Traras. Le brave colonel prit trois cent-cinquante tirailleurs de Vincennes, 8e bataillon, et soixante hussards, et se laissa guider par les Souhélia jusqu’au guet-apens où ceux-ci le conduisaient. La petite colonne se vit bientôt entourée par une nuée de cavaliers arabes. Il ne resta debout dans nos rangs que quatre-vingt-trois tirailleurs de Vincennes qui finirent par gagner à la pointe de la baïonnette le marabout voisin de Sidi-Brahim, où ils s’enfermèrent. On sait le reste ces quatre-vingt-trois braves soutinrent l’assaut trois jours durant. À la fin, privés de vivres et de munitions, ils sortirent du marabout, s’ouvrirent à la baïonnette un chemin à travers les rangs ennemis, qui grossissaient sans cesse devant eux. Ils arrivèrent ainsi à Djemma-Ghazouat après une pleine journée de combat ils étaient encore douze vivans !

Ce désastre héroïque fut peu de jours après suivi d’une honte. Deux