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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/263

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le nom. C’est du Dahra qu’El-Berkani tirait ces intrépides réguliers que nous avions trouvés si souvent sur le col de Mouzaïa et au bois des Oliviers ; c’est l’Ouérenséris qui fournissait jusqu’à dix mille combattans à la, fois au plus infatigable, lieutenant d’Abd-el-Kader, Sid-Embareck. S’emparer de ce double pâté de rochers et de ravins, c’était enlever son dernier refuge à l’insurrection.

La battue des montagnes, commença, au mois de juin, par le pâté qui a pour centre le Mouzaïa, entre Milianah, Médéah et Blidah. Après cette première battue, le général Changarnier opéra dans l’Ouérenséris, qu’il traversa deux fois au milieu de combats dont l’interminable gorge de l’Oued-Foddha vit le plus glorieux le 21 septembre 1842. Pendant que le général Changarnier était à la recherche de Sidi-Embareck, le général de Bar, allait au sud est de Médéah à la rencontre de Ben-Salem dans le Sebaou, soit pour le rejeter au sud, où une colonne l’attendait soit pour le pousser vers le nord, d’où le général Bugeaud arrivait, au mois d’octobre, en remontant le cours de l’Isser jusqu’à la vallée du Hamza, aux avenues des Bibans.

Cette expédition à peine terminée, l’infatigable gouverneur prenait le commandement d’une autre colonne, avec laquelle il allait rejoindre le général Changarnier dans l’Ouérenséris. L’Ouérenséris fut vivement traqué par trois colonnes à la fois et cerné comme l’avait été le pâté de Mouzaïa. La battue de l’Ouérenséris finit, au mois de décembre, par les montagnes des Beni-Ourack. La même battue avait lieu dans les montagnes voisines, où les Flittas s’étaient retirés. Le général Lamoricière recevait leur soumission Enfin dans les derniers jours de 1842, le général Bugeaud entreprit le Dahra Ici, comme dans l’Ouérenséris, la résistance fut terrible et même héroïque ; mais, elle fut inutile aussi. Nos baïonnettes et nos obus produisirent leur effet accoutumé.

Ces expéditions nous montrèrent les montagnes de l’Algérie toutes couvertes d’une population armée dont nous n’avions même pas soupçonné l’existence. Il y avait, au sein de ces rochers ignorés, des tribus, comme les Beni-Menasser et les Traras d’Oran, par excemple, qui occupaient jusqu’à vingt villages bien construits, abritant deux cent mille têtes de bétail et pouvant armer jusqu’à dix mille guerriers.

La guerre semblait terminée avec l’année 1842 : comme les Arabes, les Kabyles avaient été partout vaincus ou refoulés, sinon réduits ou soumis. Les tribus même les plus dévouées à l’émir, les Hachems et les Flittas au-dessus de Mascara, les Djeffras au sud, avaient désespéré de fortune ; il y en avait même qui l’avaient repoussé, comme les Traras des montagnes de l’extrême ouest. Plus de quatre mille, auxiliaires réguliers avaient marché contre lui sous la conduite de chefs nommés par nous. Abd-el-Kader ne pouvait d’ailleurs long-temps se maintenir dans le désert devant la poursuite incessante du général de Lamoricière.