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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/262

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fausses pistes, multipliant ses mouvemens pour mieux égarer nos recherches, et rétablissant enfin son influence, parce qu’il avait l’air de nous poursuivre en se montrant derrière nos corps en marche sur tous les chemins qu’ils venaient de traverser. Il renouvelait ainsi contre nous ces prodiges d’activité que Zumalacarregui avait accomplis en Navarre contre les armées constitutionnelles,

Après la campagne de 1841, les tribus de la plaine et des vallées étaient réduites ; mais les tribus des montagnes avaient échappé à notre invasion derrière leurs rochers. Le général Bugeaud ne tarda pas à comprendre qu’il fallait reprendre contre les Kabyles les mêmes opérations qu’il venait de faire contre les Arabes. Le mouvement des colonnes recommença aussitôt avec le même ensemble que dans la campagne précédente. Seulement la besogne allait être plus rude et plus longue. Du reste, les dispositions des corps opérans changèrent peu. Le général Lamoricière se tenait toujours à cheval sur le désert, prêt à recevoir les ennemis qui seraient rejetés au-delà du Tell. Le général Bedeau rayonna de Tlemcen à Nedroma, cernant la frontière du Maroc. Le général d’Arbouville bivouaqua de l’autre côté de la province, sur les bords de la Mina, à la portée des Flittas, qui s’etaient réfugiés dans les montagnes avoisinantes. Trois colonnes opéraient également dans la province d’Alger, à peu près dans des positions correspondantes.

Si la campagne de 1841 avait ressemblé à une chasse à courre, celle de 1842 fut une véritable battue de montagnes. Le général Bugeaud prit ses dispositions en sorte, qu’en faisant indistinctement mouvoir une colonne, il pût immédiatement se mettre en communication avec une autre colonne, soit de l’est à l’ouest, soit du nord au sud. Aussi peut-on dire qu’il se multiplia, dans cette campagne, qui, contre ses prévisions, allait durer deux ans. Le plan qu’il mit à exécution était fort simple en apparence ; seulement il exigeait une parfaite connaissance de la topographie algérienne, et plus encore une étude minutieuse de toutes les ressources qui doivent concourir à l’entretien des longues opérations militaires. Ce plan consistait à cerner toutes les régions montagneuses par leurs deux versans à la fois, de façon à étreindre l’ennemi dans un cercle qui irait toujours se rétrécissant.

Au centre même de l’Algérie, le Chéliff, après avoir coulé du sud au nord tourne brusquement à l’ouest, arrêté dans sa direction première par les contreforts du Petit-Atlas, au dessous de Milianah. Il arrose alors une immense vallée, latérale à la mer, d’où il incline vers le nord, et va se jeter à la mer, non loin de Mostaganem. La vallée du Chéliff sert de ligne de séparation à deux grands pâtés de montagnes sur la rive gauche, c’est l’Ouérenséris, qui a pour limite au sud les plateaux de sable du Serssous ; sur la rive droite, c’est le Dabra, qui s’étend au nord jusqu’à la mer. L’Ouérenséris et le Dahra sont habités par de riches et nombreuses tribus kabyles dont nous ignorions même