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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/259

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voulut contraindre l’ennemi à un engagement sérieux. Le plan échoua par la trop grande hâte que mirent nos soldats à commencer le feu : l’ennemi ne laissa que quatre cents des siens sur le champ de bataille. Il restait un autre moyen, c’était de tomber sur les plus fidèles alliés d’Abd-el-Kader dans cette contrée. Le général razzia les Beni-Zigzug : Abd-el-Kader se devait à lui-même de les défendre ; il l’essaya en effet, mais il abandonna le combat après y avoir perdu cent quatre vingt quatre hommes. C’est ainsi que le nouveau général en chef dévasta toutes les tribus du Chéliff fidèles à Abd-el-Kader. Mais, ne pouvant décider celui-ci à un combat sérieux, il reprit le chemin de Blidah, où il ruina encore les Soumatas, qui nous avaient trompés l’année précédente.

On reproche beaucoup au général Bugeaud cette première expédition et celles qui allaient suivre. « Brûler des moissons disait-on, à Paris, enlever des troupeaux, ravager des territoires, est-ce là une guerre civilisée ? Est-ce ainsi qu’on prétend se concilier les indigènes ? » Civilisée on non, répondrons-nous avec le général Bugeaud, toute guerre a pour but de soumettre le pays envahi. Que faire avec un ennemi qui ne veut ni se soumettre ni combattre ? Il faut bien au moins le contraindre à choisir ; mais comment l’y contraindre ? Lorsqu’on envahit son territoire, il fuit : la fuite, ce n’est ni la soumission ni le combat. Lorsqu’au contraire, on le laisse tranquille, c’est lui qui vient vous surprendre, vous enlève vos convois et bloque vos garnisons. Ne pouvant l’atteindre dans sa personne, il faut bien l’atteindre dans sa propriété. Or sa propriété, c’est sa récolte, c’est son troupeau ; une fois sa récolte faite, il pousse son bercail en colonne serrée, et va semer plus loin la terre est grande devant lui. Tant qu’on épargne sa récolte et qu’on lui laisse ses troupeaux, il vous brave et se rit de votre bonne foi. Entre la semaille et la moisson, il courbe la tête et vous jure soumission ; mais à peine a-t-il caché son grain dans les silos, qu’il monte à cheval et prend le fusil. Poursuivez-le alors : ce sera toujours à recommencer, et la guerre ainsi faite sera interminable. Tout ne sera pas dit cependant parce que vous aurez une fois brûlé ses moissons et enlevé ses troupeaux. Il faut lui prouver que partout où il sèmera, nous atteindrons sa récolte, et qu’il n’est pas de pâturages si lointains d’où nous ne puissions ramener ses bœufs et ses moutons. Alors seulement il choisit entre la soumission et le combat.

Pour forcer les. Arabes à faire ce choix entre la résistance et la soumission, le général Bugeaud songea à leur enlever le recours de la fuite. Pour cela, il fallait ruiner les établissemens qu’Abd-el-Kader avait élevés sur la limite du désert afin que les tribus émigrantes du Tell n’y pussent trouver ni un refuge ni des ressources. Des villes du littoral, le centre des divisions militaires fut porté dans les villes du Tell. Des colonnes mobiles devaient, de Maskara, de Médéah et même de Constantine,