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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/258

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— Plus de garnisons isolées, et par conséquent plus d’expéditions pour les délivrer. Les colonnes portèrent avec elles leurs propres ravitaillemens ; elles allaient d’un point à un autre, manoeuvrant sans cesse et faisant ainsi acte d’occupation sur toute la contrée parcourue par elles. Nos ennemis, qui avaient jusque là tenu la campagne dans l’espoir chaque jour réalisé de surprendre nos corps détachés, n’osèrent bientôt plus se hasarder sur les points dont ils étaient maîtres la veille, craignant d’être surpris eux-mêmes par nos colonnes en mouvement. Il ne fallut plus des mois entiers pour organiser un corps d’expédition : il suffisait de la jonction de deux colonnes pour que ce corps d’expédition se trouvât organisé de lui même.

À peine débarqué, le nouveau gouverneur général se mit à l’œuvre avec cette activité dévorante qui le caractérisait. Il commença sa tournée par la Mitidja il vit toute cette immense plaine, où le foin croît trois fois l’an comme dans la huerta de Valence, ruine et dévastée par les dernières hostilités ; il n y restait plus que les routes, les fossés et les endiguemens exécutés par nos soldats. Blidah était veuve de ses délicieux jardins et de ses bois d’orangers. Les quelques colons qui s’étaient hasardés sur ce sol fécond s’étaient retirés dans la ville. De là, il passa dans la province de Constantine, où l’occupation illimitée avait ouvert les voies à la colonisation. Il visita Bougie, où depuis 1833 nos soldats n’avaient pas eu un seul jour de répit avec les Kabyles, encore indomptés. Il visita Bône, dont la plaine admirable pourrait nourrir assez de chevaux pour remonter toute notre cavalerie ; Philippeville, bourgade européenne qu’alimentait, déjà son commerce avec les Kabyles ; Guelma ce beau camp construit par le général Duvivier avec des débris de monumens romains ; enfin il atteignit Constantine, d’où il admira le magnifique panorama qui s’étend autour de la ville dans l’horizon lointain.

Après la tournée pacifique, qui avait duré un mois à peine, commencèrent immédiatement les tournées militaires. C’étaient encore Médéah et Milianah qu’il fallait ravitailler : le général Bugeaud, lui aussi, eut à le traverser sous les balles des Kabyles, ce terrible col de Mouzaïa qui nous faisait payer si cher l’occupation du Tell. Ce n’est que seize mois plus tard, en septembre 1842, que devait être ouverte, à la coupure de la Chiffa, une route qui raccourcissait de moitié la distance de Blidah à Médéab. Le général en chef dirigea son convoi vers Milianah à travers les montagnes des Boualouans, que nous ne connaissions pas encore. Au revers de ces montagnes, il vit devant lui la plus belle vallée de l’Algérie, la vallée du Chéliff. Il remonta vers Milianah par un ravin où il savait bien qu’il serait attaqué par les Kabyles. Au bruit du combat, la garnison sortit de la place : elle arriva trop tard, les Kabyles avaient disparu.

Par une retraite simulée comme à la Sikkah, le général Bugeaud