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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/236

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à la garnison, l’uniforme en lambeaux, le corps mangé par la poussière, les pieds saignans, l’œil éteint, la santé délabrée ; mais un jour de repos a tout fait oublier, et l’on est prêt à recommencer le lendemain, le sourire aux lèvres et le cœur affermi.

Tel est le métier que nos soldats font depuis vingt ans en Afrique, sans s’être rebutés un seul jour. D’étape en étape, d’expédition en expédition ; ils sont parvenus à asseoir la domination de la France, par-delà la région des cultures, jusque dans la région des oasis, à cent cinquante lieues du rivage. Nôs colonnes mobiles sillonnent en tous sens et sans trêve cette immense étendue, dépourvue de ressources, mais où les dangers de toute espèce naissent à chaque pas. Sans doute il a fallu des soldats, comme les nôtres pour pouvoir installer la guerre du désert dans les conditions que nous venons de résumer ; mais encore a-t-il fallu trouver le secret de notre force contre ces nouveaux Parthes de l’Afrique, et ce n’a pu être l’affaire d’un jour, on le comprend de reste. En 1836, on regardait comme une témérité grande l’expédition de Constantine, et cette expédition échouait en effet. En 1849, l’expédition de Zaatcha n’a surpris personne, et cependant l’expédition de Zaatcha présentait dix fois plus de difficultés, de fatigues et de périls que l’expédition de Constantine. Entre ces deux dates, il se trouve un véritable homme de guerre, et l’homme de cette guerre, le maréchal Bugeaud. Jusqu’à l’arrivée de cet homme, il y a eu des combats brillans, des actions héroïques en Algérie ; il n’y avait pas de système de guerre. Avant lui, la possession de la zone du littoral nous était contestée malgré nos victoires ; après lui, notre domination était consolidée jusque dans les profondeurs du Sahara.

Dans une vue d’ensemble de la guerre d’Afrique, les combats de montagne se perdent comme la trame se perd dans le tissu ; mais, sitôt qu’on entre dans le détail des événemens, on les retrouve si inhérens à notre campagne africaine, qu’il est impossible de les en séparer. Ceux qui prétendaient empêcher le maréchal Bugeaud, en 1844 et en 1847, de pénétrer dans le massif du Djerjera, qu’on nomme la Grande-Kabylie, pour le distinguer des autres massifs de montagnes moins importans, ceux-là, dis-je, ne s’étaient pas bien rendu compte de la configuration de l’Algérie. En suivant sur une carte les accidens de la guerre, ils auraient vu que tous les pas de notre conquête ont été de véritables expéditions de Kabylie, et que les endroits favorables à la colonisation sont précisément des vallées profondes dominées de tous côtés par des montagnes. Le théâtre de nos opérations s’étend de l’ouest à l’est, depuis Nemours jusqu’à La Calle, sur deux cent cinquante lieues de côtes la profondeur de cette arène militaire varie de quatre vingt-dix à cent cinquante lieues. Entre la zone du littoral et la zone du désert, le Petit Atlas répand ses innombrables chaînons à