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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/23

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par l’oppression des faibles et la tyrannie des forts ? Quel rêve c’eût été alors que celui de la liberté de tous et d’une égale protection contre tout excès ! Ce rêve s’est pourtant réalisé d’âge en âge. La propriété elle-même est une conquête du temps. Presque inconnue à l’Orient, elle naît en Grèce, se développe avec le génie de Rome, et, mêlée dans le moyen-âge à bien des erreurs, elle s’est épurée avec les siècles : son principe même n’a peut-être été bien connu et bien établi que de nos jours. Il en est de même de la condition des femmes. J’espère que les progrès de la charité suivront peu à peu tous les autres progrès. La révolution française a emprunté au christianisme le grand dogme de la fraternité. Ce dogme, en passant de la religion et des mœurs privées dans la société et dans l’état, a retenti comme un cri d’espérance dans le cœur de ces foules misérables si long-temps délaissées et qui pourtant se composent d’hommes. Ne soufrons pas que les ennemis de la société se l’approprient et en fassent contre nous une arme de guerre. Maintenons-le religieusement sur notre drapeau.

Ainsi, en résumé, la souveraineté nationale, l’émancipation de l’individu ou la justice, la diminution progressive de l’ignorance, de la misère et du vice ou la charité civile, tels sont les trois grands principes qui me représentent le génie de la révolution française.

Je tiens ces principes comme vrais en eux-mêmes, et une fois qu’ils ont été reconnus et proclamés, je les considère comme acquis, à la fois à la science et à l’humanité. Ils composent à mes yeux l’idéale politique que poursuivent les sociétés. Nés d’hier, le temps en tirera des développemens que nous entrevoyons à peine aujourd’hui, et qui se cachent dans les profondeurs de l’avenir, La France a eu l’honneur de les donner au monde ; voilà pourquoi ils portent son nom, le nom redouté et, béni de principes de la révolution française. Mais ils n’appartiennent plus à la France : ils sont devenus le patrimoine des nations civilisées ; ils constituent l’esprit de notre temps ; ils font le sujet des méditations des sages, des rêves enflammés des esprits chimériques, et des mouvemens tumultueux des masses ; ils occupent le philosophe et l’homme d’état ; ils donnent naissance à une foule de problèmes de morale, de législation et d’économie politique, sur lesquels la discussion est ouverte, d’un bout de l’Europe à l’autre.


II

De tous ces problèmes, il n’en est pas un qui parle autant au cœur des peuples que celui de la forme des gouvernemens. Une logique instinctive leur dit que, selon que les gouvernemens sont constitués de telle ou telle sorte, la victoire des grands principes qui les intéressent est plus ou moins assurée, et ils aspirent trop énergiquement au but