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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/228

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comme on disait à Port-au-Prince, était à coup sûr le moindre souci d’une révolution qui, quelques jours après, détachait pour propre compte le nord et le sud de ce faisceau. Sans Accaau, qui effraya un peu tout le monde et rallia à propos les divers partis sur le terrain neutre de la candidature de Guerrier, Haïti serait, probablement partagé, à l’heure qu’il est, en quatre états distincts, deux monarchies et deux républiques. Les Haïtiens, qui sont tous attachés au sol, ont montré en outre, de tout temps, une répugnance invincible à aller tenir garnison à Santo-Domingo, et les levées en masse dont la guerre de l’est était et est encore le prétexte devaient leur déplaire à plus forte raison. Ajoutons que cette guerre a souvent menacé de famine la partie française, qui s’approvisionnait de bestiaux dans la partie espagnole et y laissait en échange son café. Si enfin la peur des blancs faisait désirer la soumission d’un pays qui appelait l’immigration blanche, ces mêmes défiances contribuaient aussi par contre-coup à rendre odieuse une guerre qui, en se prolongeant, pouvait substituer à cette immigration pacifique une intervention armée.

Guerrier et Riché semblaient partager sous ce rapport l’impression générale, et leur passage au pouvoir fut marqué par une trêve tacite entre l’est et l’ouest. Soulouque semblait lui-même disposé, dans le principe, à laisser les Dominicains ; en repos ; mais. M. Dupuy et Similien devinrent, l’un ministre, l’autre conseiller intime, et M. Dupuy, qui était intéressé dans les fournitures militaires, Similien qui vissait à la présidence, s’entendirent à leur insu pour le pousser dans une guerre qui assurait à l’un d’assez jolis profits, et qui donnait à l’autre les balles, dominicaines pour complices. Soulouque céda avec d’autant moins de défiance à ces suggestions qu’elles partaient à la fois de deux côtés opposés, de deux influences, rivales, de deux ennemis jurés. Dès 1847, l’asservissement de l’est était devenu l’idée fixe du futur empereur, et, depuis, parmi ceux-là même qui déploraient cette manie, ce fut à qui la flatterait pour ne pas être fusillé. L’illusion favorite de Soulouque, celle que ses courtisans caressaient le plus, consista long-temps à croire que les Dominicains soupiraient après la domination haïtienne, et que la crainte du châtiment qu’ils avaient encouru par leur révolte comprimait seule cet élan de soumission. Aussi cessait-il de leur offrir un pardon magnanime. Un des ministres, plus honnête homme que ses collègues, essaya de donner un autre cours aux idées du président, et prononça le mot de fédération. -« Qu’est-ce que c’est que fédération ? dit Soulouque, en fronçant le sourcil à ce mot entièrement nouveau pour son esprit et ses oreilles. — Président. c’est… c’est ce que vous voulez, balbutia le ministre. — Alors, ça bon, dit Soulouque tranquillisé. Je ne m’en dédis pas je promets la fédération ;