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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/225

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spirituelle des Indes, qu’aux prêtres de convention de la partie française. L’archevêque-primat de Santo-Domingo, qui passait cependant pour avoir prêté la main à l’annexion, rendit cet antagonisme plus saisissable encore en refusant d’étendre sa juridiction sur l’ouest, et acheva de frapper l’imagination des masses en désertant son siège pour aller mourir dans un couvent de Cuba.

L’exclusion systématique qui les écartait graduellement des emplois publics, la présence de nombreuses garnisons noires dans chacune de leurs villes, les avanies quotidiennes auxquelles les exposait ce contact sous un régime où la tout concourait à donner.aux Dominicains ce rôle de vaincus qui, à défaut même d’autres griefs, légitime la révolte. À la première nouvelle de l’insurrection des Cayes (1843), l’antienne audience espagnole, Santo-Domingo en tête, se souleva en masse contre Boyer.

La pensée d’une scission ne dominait pas d’ailleurs dans ce premier soulèvement. Outre qu’ils n’étaient pas prêts pour cette éventualité, les Dominicains accueillaient presque avec confiance l’avènement d’une opposition qui, à plusieurs reprises, avait pris fait et cause pour eux. La liste du nouveau gouvernement provisoire, où on n’avait même pas daigné leur donner un seul représentant, dissipa cette illusion, et apprit à l’est que l’ouest entendait, comme par le passé, le traiter en pays conquis. L’apparition d’Hérard, qui, à la tête d’un corps d’armée, était venu, proclamer la révolution dans la province de Santiago, acheva de gâter les choses. Mesurant les tendances scissionnistes de la population dominicaine à leur légitimité, Hérard vit partout des suspects ; ça remplit les prisons, rançonna les églises, cassa les administrations provisoires que les habitans s’étaient données, y substitua des fonctionnaires de son choix, presque tous recrutés dans l’innombrable état-major improvisé qu’il avait emmené de Port-au-Prince, et trouva, pour tout dire, le secret de faire oublier, en deux ou trois semaines, les vingt-deux ans d’abus, de vexations, d’extorsions, de tyrannie que la partie espagnole reprochait à l’administration de Boyer. La partie espagnole envoya cependant des députés à la constituante de Port-au-Prince ; mais c’est là, même qu’une rupture définitive devait s’accomplir.

La députation dominicaine choisit noblement son terrain. L’est consentait à ne pas se séparer de l’ouest, mais à la condition que l’ouest ne s’obstinerait plus à se séparer de la civilisation et que l’immigration blanche cesserait d’être repoussée. Soit que la condition comminatoire qu’impliquait ce dernier effort de conciliation ne fût pas comprise, soit qu’on crût pouvoir dédaigner les menaces d’une population six fois moins nombreuse que celle de la partie française, l’exclusion