Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/18

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à celui-là Ces divers principes réunis forment un ensemble simple et grand, et, appliqués aux sociétés modernes, ils leur donnent une physionomie particulière qui les sépare profondément des sociétés du moyen-âge et des sécrétés antiques.

Si je voulais peindre d’un seul trait l’entreprise de la révolution française, je dirais qu’elle s’est proposé de tirer la morale des livres des philosophes et de la transporter du gouvernement des individus à celui des sociétés. Sans avoir lu Platon, elle a considéré la société comme une personne morale, qui a les mêmes facultés que l’individu, les mêmes passions ; les mêmes misères, les mêmes droits, les mêmes devoirs, qui poursuit le même idéal de perfection, et s’efforce de le réaliser par le travail des générations, comme l’individu l’accomplit dans un cercle borné pendant son rapide passage sur la terre.

Reste à savoir en quoi consiste cet idéal impose a la fois aux individus et aux nations. Rentrons en nous-mêmes, consultons la conscience ; elle parle le même langage à tous les hommes, et ce langage est la voix de Dieu. Voici en abrégé ce qu’elle nous dit :

Vous êtes libres, et cette liberté, qui fait de vous des êtres à part, des êtres privilégiés dans l’univers, est le titre de votre dignité, le fondement de vos droits et de vos devoirs, la règle et la fin de votre destinée, Vous devez en prendre soin la cultiver à l’aide d’elle-même, et donner à vos facultés tout leur développement légitime ; car elles n’ont été mises en vous que pour être exercées. Ce perfectionnement exige un travail continu, souvent ingrat, et qu’il faut sans cesse renouveler, en vous proposant ce but sublime d’être en terminant votre carrière un peu meilleurs que vous n’étiez en la commençant.

Voilà pour vous-mêmes. Quant aux autres, n’est-il pas évident, puisqu’ils sont libres comme vous et comme vous responsables de leur destinée, que vous avez le devoir de les respecter dans l’exercice, quel qu’il soit, de leur liberté, comme vous avez le droit de vous faire respecter par eux dans l’exercice de la vôtre ? Étant aussi libre que vous, ils sont à ce titre vos égaux ; il ne vous appartient pas de leur dicter des lois, de les employer à votre usage et à votre profit, et ; fussiez-vous mille fois plus fort et plus intelligent qu’aucun d’eux, vous n’avez sur eux aucun droit naturel. Il n’y a point d’esclave et de maître par nature, il y a des êtres libres, égaux entre eux, qui peuvent s’associer librement et mettre en commun leurs forces pour n’être pas à la merci des passions, ennemies de la liberté commune ; et cette association a pour fondement et pour règle l’intérêt de tous et non l’intérêt de celui-ci ou de celui-là. En un mot, la loi suprême de notre conduite les uns envers les autres est le maintien et la défense de notre liberté, c’est-à-dire la justice. Sous l’empire de la justice, chacun de nous poursuit, sa destinée et l’accomplit à sa manière, ne devant