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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/179

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demande pardon à son maître de lui avoir caché si long-temps les désordres de sa femme. — Tant qu’il n’a eu à déplorer que la débauche et l’impudicité de l’impératrice, il s’est tu, il a cru devoir se taire : à quoi bon troubler le repos de l’empereur par ces cruelles révélations ? mais aujourd’hui il ne s’agit plus de débauche, il s’agit de déchéance. Si Claude ne revient pas à Rome en toute hâte, s’il ne vient pas démentir devant le sénat, devant l’armée, le divorce proclamé par Messaline, il n’est plus qu’un objet de mépris ; l’empire lui échappe, c’est à peine s’il pourra sauver sa vie. Claude se rend aux conseils de Narcisse et se décide à partir. Narcisse, pour assurer le succès de l’entreprise, pour maîtriser son irrésolution, monte dans la litière de l’empereur.

Messaline, ivre de joie, célébrait la vendange dans le palais de Silius. Un thyrse à la main, les cheveux dénoués, l’épaule couverte d’une peau de panthère, elle imitait la fureur des bacchantes. Silius, sous les traits de Bacchus, dansait au son d’un chœur lascif. Le raisin, foulé par les pressoirs, coulait en flots écumeux. Une sourde rumeur annonce le retour de Claude. Vexius Valens, monté sur un arbre qui domine la campagne, répond à ceux qui l’interrogent sur l’état du ciel qu’il aperçoit à l’horizon un terrible orage. Chacun rit de sa réponse, et les danses continuent. Bientôt le doute n’est plus permis. Messaline s’enfuit auprès de la grande vestale Ventidia, et la supplie d’intercéder pour elle ; elle envoie au-devant de Claude ses deux enfans, Octavie, et Britannicus ; elle monte, sur un tombereau destiné à recueillir les immondices des jardins, et marche hardiment vers son juge. Ventidia se présente devant Claude : Narcisse répond que Messaline sera entendue, et la renvoie à ses devoirs. Dès qu’il aperçoit Britannicus et Octavie, il ordonne de les éloigner, et, pour empêcher Claude de voir Messaline qui s’approche, il lui donne à lire un mémoire sur les débauches de l’impératrice. À peine entré dans Rome, il ouvre la maison de Silius, et montre à Claude toutes les richesses de la maison, impériale entassées par Messaline chez son amant : meubles rares, vases précieux, rien n’y manque. Claude ne peut plus douter de son déshonneur. Narcisse l’entraîne au camp des prétoriens. Les soldats avertis demandent à grands cris le nom des coupables, et Claude se retire dans son palais.

Silius arrêté au forum n’essaie pas de se défendre, et demande une mort prompte. Tous les amans de Messaline, ceux mêmes qu’elle a reçus dans son lit et chassés dans la même nuit, montrent le même courage. Mnester seul balbutie en tremblant une défense inutile : il déchire ses vêtemens et découvre aux yeux de ses juges les blessures que les verges ont laissées sur son corps. C’est Claude lui-même qui l’a donné à Messaline, qui lui a commandé de lui obéir en tout. Que pouvait-il faire, lui misérable danseur ? N’était-il pas devenu, par la volonté de Claude, l’esclave, la chose de l’impératrice ? S’il est entré dans le lit de Messaline, ce n’est ni par ambition, ni par cupidité comme tant d’autres, mais pour obéir à l’empereur : Paroles jetées au vent ! Cet amant battu de verges pour subir les caresses de l’impératrice est conduit à la mort malgré ses larmes et ses prières. Messaline s’est enfuie dans les jardins de Lucullus. Étendue aux pieds de sa mère Lepida, qui l’avait abandonnée pendant sa haute fortune et que le malheur avait ramenée près d’elle, tantôt menaçante, tantôt éplorée, elle refusait de croire à sa perte, Claude s’était mis à table, et, le vin qu’il ne