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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/17

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Déjà le voisinage de la France avait introduit en Allemagne quelques constitutions ! le grand-duché de Bade, le petit royaume de Wurtemberg, la puissante Bavière possédaient de libres tribunes, et voilà que le rempart en apparence invincible de l’esprit de contre-révolution en Europe, la vieille Autriche, que nous croyons heureuse et tranquille sous une administration habilement paternelle, rejette et brise cette administration et se précipite dans les hasards d’une insurrection. Il y a eu des barricades à Vienne, preuve suffisante, apparemment, qu’il y avait au moins un parti libéral très puissant en Autriche, et que la sagesse si vantée de M. de Metternich était une fausse sagesse : l’arrêt a été prononcé par le seul juge que reconnût M. de Metternich, le sort, les événemens. Bientôt, l’Autriche, un moment ébranlée, a montré tout ce qu’elle possède de force et de vie, et à l’heure où j’écris si la liberté politique attend encore, chaque jour voit tomber un abus et sortir comme de terre des institutions nouvelles marques d’un caractère libéral et pratique. Le roi de Prusse n’avait pas terminé ses ingénieux discours sur la beauté de la tradition, qu’il était interrompu par une révolution, et qu’il lui fallait donner une constitution fort peu historique, bizarrement démocratique, et qui sera du moins le point de départ d’un ordre meilleur dans le royaume du grand Frédéric.

Comptons je vous prie. Voyons si, depuis le commencement du siècle, il s’est jamais passé en Europe une période de dix années qui n’ait vu sur un point ou sur un autre paraître spontanément quelque incitation de la révolution française. N’est-elle pas justifiée aujourd’hui, la grande parole de Mirabeau, que la révolution- fera le tour du monde ? En vérité, si ce progrès, qui ne s’arrête jamais, n’est pas un signe certain de la force d’une idée, il faut renoncer aux leçons de l’histoire et fermer les yeux à l’expérience. Oui, l’expérience elle-même est désormais en faveur de la révolution française, et c’est l’esprit de contre-révolution qui est convaincu d’impuissance et de chimère. Je prends la liberté de recommander cet argument aux beaux esprits de ma connaissance qui se piquent de mépriser les idées et de ne croire qu’aux faits accomplis. Ce qui s’accomplit, sous nos yeux dans le monde, c’est le triomphe des principes de la révolution française ; cella est plus clair que le jour. Certes, le christianisme n’a pas marché aussi vite, et cette merveilleuse rapidité serait tout-à-fait incompréhensible, si on ne se rappelait que la révolution française a été préparée en Europe par deux grands siècles de civilisation et de philosophie, et aussi par le long règne du christianisme.

Le principe de la souveraineté nationale est le symbole le plus éclatant de la révolution française ; mais ce principe lui-même a besoin d’être considéré de plus près. Il ne constitue pas d’ailleurs à lui seul toute la révolution ; elle a encore d’autres principes qui tiennent intimement