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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/13

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interprète, modéré, mais inébranlable. Ma philosophie même n’a guère été que la réflexion appliquée à ses instincts et le résumé de ses maximes.

Quel est en effet le trait le plus frappant de cette philosophie, surtout en face des philosophies contemporaines ? C’est sa méthode. Nous partons de l’homme pour arriver à tout, même à Dieu. L’étude de la pensée humaine est à nos yeux l’étude par excellence, celle qui nous est la clé de toutes les autres. C’est là ce que Descartes a établi ou du moins entrevu. Descartes a supprimé l’autorité en philosophie et a substitué la libre étude de la pensée.

De grades conséquences découlent de ces modestes prémisses.

Si l’étude de la pensée et de ses lois : contient déjà toute la philosophie, il s’ensuit que la conscience bien interrogée émane aussi la morale entière avec ses dogmes les plus sublimes qu’achève et couronne celui d’un Dieu, nécessaire auteur de notre être, qui ne peut pas ne pas posséder les facultés qu’il nous a données et qui les possède, selon la loi de sa nature, en un degré infini.

Fille de la morale, la politique a le même caractère que sa mère : elle est d’institution naturelle. Les sociétés humaines, faites par des hommes et pour des hommes, ne relèvent point de pouvoirs étrangers et mystérieux, et le seul fondement de l’autorité légitime est l’intérêt et le consentement des peuples. De là le grand principe de la souveraineté nationale, proclamé par la révolution française, qui répond à celui de la souveraineté de la raison en philosophie.

Il n’y au fond que deux écoles en philosophie et en politique : l’une qui part de l’autorité seule et avec elle et sur elle éclaire et façonne l’humanité ; l’autre qui part : de l’humanité, et y appuie toute autorité humaine. Le temps présent est la lutte de ces deux écoles dans l’intelligence et dans le monde. L’avenir verra le triomphe de la philosophie et de la politique inaugurées par Descartes et par la révolution française. C’est là, ma foi, mon espérance, ma consolation, l’inviolable asile de ma raison et de mon cœur au milieu des troubles et des agitations où se consume notre vie.

Je le sais : les fils n’ont pas hérité de l’enthousiasme de leurs pères. Notre génération a vu et supporté tant de changemens, qu’elle en est lasse et soupire après le repos. Elle tend les mains au principe de l’autorité, comme les générations de 1789 invoquaient le principe de la liberté, et il est assez de mode aujourd’hui, parmi les engins de ceux que la révolution et la philosophie ont affranchis, de dire du mal à tort et à travers de la révolution et de la philosophie.

Les ennemis de la philosophie l’accusent de mener au scepticisme et à l’athéisme. Nous donnons pour la dixième fois un démenti solennel à cette accusation. La raison, fidèle à elle-même, remonte aisément à