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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1175

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celle de Stella, réalisent la perfection dans ce genre. Pour terminer sur des éloges, il ne faudrait parler ni du chœur qui ouvre le troisième acte ni du duo final : ce sont des morceaux, à notre sens, complètement manqués.

Les chanteurs rivalisent de zèle pour donner à la partition de M. Ambroise Thomas cette unité d’interprétation qui distingue l’Opéra-Comique. Mlle Lefèvre surtout mérite une mention particulière : sa voix est peut-être un peu chevrottante, mais son exécution est presque irréprochable, et comme comédienne elle en remontrerait à beaucoup que nous ne nommerons pas. MM. Boulo, Mocker et Bussine font de leur mieux et font très bien ; ce sont des acteurs et des chanteurs consciencieux qui aiment leur art, et dont on doit tenir compte. Au demeurant, le Secret de la Reine a été fort applaudi ; mais aujourd’hui que M. Thomas n’a plus de fauteuil académique à poursuivre pour excuser ses sorties un peu excentriques sur le terrain de l’opéra sérieux, il doit songer à nous revenir avec un bon opéra-comique : c’est encore là que l’attendent de nouveaux et de plus durables succès.

F. DE LAGENEVAIS.


REVUE LITTÉRAIRE.

LES AMES EN PEINE, CONTES D’UN VOYAGEUR, par X. Marmier [1]. — Jusqu’à ce jour, M. Marmier ne s’était fait connaître que comme un voyageur cosmopolite ; de tous nos écrivains, c’était celui qui avait franchi le plus de montagnes, traversé le plus de mers, exploité le plus de continens, et Dieu sait s’il s’était fait faute de nous raconter longuement ses impressions sous les différens ciels qu’il avait visités. Aujourd’hui qu’il n’y a guère de terres dont M. Marmier ne nous ait rapporté d’échantillons, ce n’est plus au pays des réalités qu’il voyage ; voici venir un petit volume, les Ames en peine, qui nous arrive tout droit du pays des fictions. Les Ames en peine ! c’est-à-dire quelque chose de vague et d’indécis, quelque chose qui n’est pas de ce monde et qui voudrait en être, qui n’a ni forme, ni couleur. Ce titre est modeste : il résume le livre. M. Marmier manque absolument d’observation et de finesse en matière de roman ; sa vie de voyageur a gâté son avenir de romancier. Quand depuis vingt ans on compare les horizons, des glaces du pôle aux sables de la Palestine, il est difficile de se mettre à discuter les petits sentimens, les petites passions des hommes ; on ne peut pas tout connaître et tout enserrer. La synthèse chez M. Marmier a dévoré l’analyse. Ce nouveau volume est donc un recueil de contes plus ou moins originaux. C’est le sommaire des longues pérégrinations de l’auteur ; l’un nous vient de Suède, l’autre de Hollande ; celui-là, le meilleur, de Franche-Comté, le dernier enfin d’Amérique. Dans ce conte, nouvelle ou roman, comme on voudra bien l’appeler, M. Marmier donne carrière à son humeur contre la gent yankee. À l’entendre, tout célibataire étranger doué de quelques avantages physiques et d’une montre à breloques devient aux États-Unis le point de mire d’une nuée de frelons sous la forme de jeunes et très candides filles qui, entre le lunchon et le souper, s’abattent sur leur proie et ne l’abandonnent qu’après en avoir tiré pied

  1. 1 vol. in-18, chez Arthus Bertrand.