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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1173

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être électeur du second degré, il faudrait être inscrit sur les registres des impositions directes et payer la valeur de 5 à 6 francs.

La situation du Piémont offre un heureux contraste à côté de cette anarchie portugaise ; le gouvernement sarde lutte avec courage, avec honneur, contre des difficultés- de deux sortes, contre les sourdes tentatives d’une réaction plus aveugle que généreuse, contre les machinations des conspirateurs mazziniens, qui affectent de se servir de lui et annoncent trop publiquement qu’ils l’exploitent pour le croirez eux-mêmes. M. Mazzini cependant vient cette fois de publier un véritable manifeste où l’on ne fait plus au Piémont la faveur d’une mention toute spéciale : c’est à l’adresse de l’Europe entière, c’est une suite philosophique aux bulletins de nos comités de résistance. M. Ledru-Rollin a signé le premier, pour nous autres Français. M. Ruge représente l’Allemagne, M. Darasz, la Pologne, et les quatre ensemble, le directoire central de l’Europe souterraine. Nous voyons apparaître encore dans ce manifeste le doctrinarisme transcendant qui vise à faire un culte de la démagogie pour commencer par faire un dieu du démagogue. M. Ledru-Rollin n’est pas assez sérieux dans ce rôle-là ; ses souvenirs de basoche doivent le gêner vis-à-vis- des grands-prêtres qui l’ont reçu dans, leur collége.

Un mot, en finissant, au sujet de la Plata. Les amis trop ardens de la liberté montévidéenne ne reculent devant aucun expédient contre Rosas. Au moment où la discussion du traité Leprédour va s’engager en France ; le paquebot de la. Plata apportait à Londres des nouvelles bel et bien fabriquées, qui devaient faire tourner toutes les chances de la discussion contre Rosas en le représentant tout-à-fait abattu sous une coalition formidable. Le général Urquiza, gouverneur presque indépendant de l’Entre-Rios, avait lancé contre le dictateur de Buenos-Ayres un manifeste qui décidait la guerre. On a maintenant toute raison de penser qu’il n’y avait là qu’un de ces faux en écriture politique auquel les agens de Montevideo ont habitué l’Europe. Espérons que la chambre en finira résolûment avec une affaire où l’on a si souvent essayé de surprendre sa religion.

ALEXANDRE THOMAS.


Parmi tous les théâtres de Paris, l’Opéra-Comique est peut-être celui qui, avec des élémens restreints, tient le mieux l’attention publique en éveil. Le monde s’inquiète de ce qu’il prépare, accourt à ce qu’il lui offre, et se montre d’ordinaire assez satisfait de ce qu’il a vu pour y revenir sans se lasser. La faveur dont jouit ce théâtre a sa raison, il faut le reconnaître : elle est le résultat de l’ensemble remarquable et assez rare qu’on y rencontre. On ne chante là ni meilleure ni pire musique qu’à l’Opéra, puisque ce sont les mêmes musiciens qui l’alimentent ; les chanteurs sont suffisans, ils, chantent et jouent de leur mieux ; la mise en scène est soignée ; tout va de soi sans fatigue, et, pour le comédien et pour le spectateur. Aussi doit-on toujours craindre de voir cette douce quiétude troublée par des tentatives hasardées. Une candidature, une élection académique à motiver ou à justifier, il n’en faut pas davantage pour détourner de sa voie naturelle quelque gracieux talent, comme l’auteur de Raymond par exemple et du Songe d’une nuit d’été. M. Ambroise Thomas, dans