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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1172

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échecs sur échecs. Dernièrement par exemple, dans les communes, M. Hume voulait faire examiner en comité la loi de l’income-tax ; les protectionistes l’aidèrent à l’emporter en principe contre les ministres et les députés de Manchester ; puis, quand il s’est ensuite agi de passer à la nomination même de ce comité, les protectionistes se sont retournés contre M. Hume pour l’empêcher de l’obtenir, parce que c’était alors le ministère qui le portait. Tout ce que veulent ainsi les protectionistes, c’est en effet de mettre constamment le ministère en minorité. De son côté, lord John Russell manœuvre pour ne point endosser la responsabilité des mesures où l’on prend à tache de lui arranger des embarras. C’est ainsi qu’il a déclaré qu’il ne prendrait aucune part à la direction de ce comité d’enquête sur l’income-tax, parce qu’il n’attendait de ses recherches aucun résultat pratique. L’impôt n’ayant été renouvelé que pour un an, lord John Russel ne saurait l’étudier trop soigneusement pour le remplacer ou pour l’amender ; mais cette fausse situation où le ministère whig est désormais attaché en face de la chambre lui enlève toute initiative ; il n’ose ni supprimer ni conduire ce comité de l’income-tax. Le langage ministériel s’est retrouvé tout pareil dans une question bien différente. Lord Melgund avait présenté un projet de loi sur l’éducation en Écosse ; les ministres n’ont point voulu s’engager avec lord Melgund, et, tout en soutenant son projet, ils ont refusé d’y mettre leur responsabilité.

En Portugal, le maréchal Saldanha commence à sentir durement les embarras d’un triomphe qu’il aura plus d’un sujet de regretter. Quelles que soient les jouissances d’une victoire si singulière, le maréchal ne peut point s’y abandonner font temps sans apercevoir qu’il a lui-même ébranlé le trône d’une princesse dont il s’était dit le champion et le chevalier, que pour comble il pourrait bien ne pas recueillir le triste profit de son infidélité, et devenir à son tour le jouet de l’anarchie après en avoir été l’idole. La position est, en effet, chaque jour plus pénible, toutes les factions, se réveillent en même temps avec tous leurs griefs, et le maréchal a l’air fort mai à son aise entre les débris des miguelistes, qui refusent dédaigneusement ses restitutions, et les septembristes, qui ne se trouvant point encore satisfaits, se déclarent cependant ses protecteurs avec une condescendance injurieuse. De son côté, le frère du comte de Thomar, M. Silva Cabral menace le cabinet du maréchal d’une hostilité décidée pour le punir de ne point l’y avoir admis. Il lui annonce à lui-même que, s’il ne rompt pas encore avec lui, c’est parce qu’il sait bien que tout se fait contre ses désirs et sans qu’il le sache. Il ne manquait plus au duc de Saldanha que de subir l’indulgence du frère du comte de Thomar ; il est vrai que ce sont des frères ennemis. À travers ce pénible imbroglio, qui finira peut-être par amener quelque intervention étrangère, la commission chargée de préparer la loi électorale a presque terminé son travail, qui fera sans doute au pays une figure encore plus particulière. La commission incline assez hardiment vers le suffrage universel pour témoigner de l’influence dirigeante des septembristes. Les septembristes cependant se plaignent encore et assurent qu’ils en finiraient bientôt du maréchal Saldanha s’il ne les débarrassait du comte de Thomar. Le suffrage, dans ce nouveau système portugais, serait à deux degrés, à peu près universel et sans aucune restriction de cens au premier degré, dans la paroisse ; mais, pour