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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1164

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la loi du 31 mai ? On la refera, s’il plaît à Dieu, tôt ou tard sur des bases plus solides non pas que nous entendions qu’il faille jamais revenir aux bases trop étroites de l’électorat ancien ; mais il n’est pas moins impossible de laisser l’état, quelle qu’en soit désormais la forme, sur les fondations flottantes du droit électoral de 1848. Il suffit d’un peu de réflexion pour comprendre qu’il y a là dorénavant deux impossibilités en quelque sorte parallèles : l’impossibilité d’une monarchie qui subsiste avec un électorat de purs censitaires, l’impossibilité d’une république qui subsiste avec le suffrage illimité de la multitude.

À cette nomenclature des objections que l’on peut soulever contre la révision, sans que nous nous en trouvions fort émus, ajoutons enfin celles-ci, qui nous émeuvent encore moins, les objections de l’amour-propre paternel. Parmi les auteurs de la constitution de 1848, on en sait qui l’ont faite la moins mauvaise qu’il leur a été permis de la faire ; ce ne sont pourtant pas ceux-là qui tiennent le plus à leur œuvre. D’autres, animés d’un zèle tout particulier, ont cherché, semble-t-il vraiment, bien moins à la rendre bonne qu’à la rendre éternelle ; ils ont été plus préoccupés du soin orgueilleux d’enchaîner la France au code dont ils la dotaient que du soin patriotique d’arranger assez bien ce code lui-même, pour qu’il fût supportable à la France : c’est là du moins ce que nous voyons de plus net dans la récente confession de M. de Cormenin. M. de Cormenin ne peut plus rien écrire en un sens ou dans l’autre, ni pour les ultramontains ni pour la république, que nous ne regrettions chaque fois davantage qu’il ne se soit pas astreint plus rigoureusement à la spécialité de ses études administratives, et qu’il ait un jour résolu, dans sa dure cervelle, de doubler Paul-Louis, le vigneron. Il y avait sans doute chez Courier beaucoup du maître mosaïste, il y avait de la recette et du procédé dans ses affectations archaïques ; mais il y avait encore un fonds de naturel et de vivacité qui manque à son imitateur. Aussi une fois le premier effet du procédé passé, une fois la main de l’auteur fatiguée à ce martelage de style qui avait eu d’abord une certaine sonorité, il n’est plus resté grand’chose du talent laborieux de M. de Cormenin. D’avoir de l’âcreté dans l’humeur, c’est une nuance de caractère ; ce ne saurait être un genre de littérature c’est à celui-là cependant que Timon s’adonne depuis déjà long-temps avec une préférence trop exclusive, et cette préférence finit par porter malheur à sa plume. Il en tombe maintenant des phrases que le Timon d’autrefois n’oserait point reconnaître : « Les pouvoirs qui se tiennent en équilibre sous l’œil nocturne et diurne de la presse ;… la figure idéale de la souveraineté du peuple portant dans sa main le suffrage universel, tandis que la république se déroule dans les plis de son manteau, etc. »

Il en faudrait citer beaucoup, s’il s’agissait ici d’éplucher des phrases, et pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, les phrases, en ce temps-ci plus qu’en aucun autre, servent à juger les hommes, parce que les hommes disparaissent, chacun selon son goût et ses moyens, sous une phraséologie de convention. Chacun a devant les yeux son propre type qu’il entretient, qu’il développe et qu’il exhausse au moins autant pour l’amour de l’art que pour l’amour du vrai. M. de Cormenin vise au bourru bienfaisant, et l’un des bienfaits les plus notables dont il veut nous avoir gratifiés, c’est sa collaboration au pacte constitutionnel de 1848. La plus forte objection de M. de Cormenin contre la révision, c’est évidemment qu’il est le père de la charte à réviser : Me, me adsum qui