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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1157

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comme du repos. D’un autre côté, M. Dupont excelle à rendre toute la grace féminine, toutes les naïves coquetteries des paysannes : la fillette qui profite du miroir de l’eau où elle aide les commères du village à laver la lessive commune du pays, pour rajuster sa cornette ; la paysanne qui dort tranquillement sous les rayons de la lune, son panier au bras, au milieu des panais et des choux, dans nos marchés de Paris ; la science des ménagères et des laitières en économie domestique, — tout cela est délicatement décrit et exprimé. Il y a surtout une chanson intitulée la Ronde des Paysannes, moins célèbre que la plupart des autres, qui nous paraît le chef-d’œuvre du recueil ; mais notre approbation ne sera pas ici non plus donnée sans restriction nous n’avons là que l’extérieur de la vie du peuple, et non sa vie morale, ses secrets intimes, ses pensées cachées.

Nous en avons dit assez sur ces poésies pour en montrer les qualités et les défauts ; nous ne ferons plus qu’une seule observation. Il nous semble que la lecture attentive de ce petit volume révèle assez clairement ce fait : à savoir, que le poète est dans une fausse position morale et intellectuelle ; il n’est plus assez ignorant pour être instinctivement naïf, il n’est pas assez savant dans son art pour remplacer cette naïveté première par des qualités d’un ordre plus élevé, mais moins naturel ; il hésite perpétuellement entre cette ignorance qu’il n’a plus et cette science qu’il n’a pas encore ; de là très souvent résultent des sentimens faux et des pensées alambiquées. Il ne faudrait pas qu’une pareille situation se prolongeât long-temps pour que son talent fît complètement fausse route. Le seul conseil littéraire que nous puissions lui donner, c’est d’étudier les ressources et les lois de son art, qu’il est loin de connaître parfaitement : ce volume en fait foi. L’absence d’étude ne lui rendra pas son ignorance première, ce seraient peines perdues : l’auteur de la Muse populaire est un lettré, qu’il le veuille ou non ; mais qu’il sache que dans la poésie, plus que partout ailleurs, il n’y a à choisir qu’entre l’ignorance absolue et la connaissance certaine et complète des choses de l’art : on ne peut admettre aucun compromis, il faut posséder l’une ou l’autre. Un progrès que M. Dupont doit faire encore sur lui-même, c’est de renoncer aux sujets politiques, ou du moins à faire de ses chansons une gazette rimée de tous les événemens. Une telle poésie est peu engageante pour le lecteur ; pour le poète, c’est un exercice malsain. La poésie politique n’est excusable que dans un cas assez rare, dans le cas où le poète s’en servirait pour user à la longue et fatiguer ses passions par un exercice de tous les jours. Le métier de poète socialiste n’est d’ailleurs pas très séduisant : c’est le métier de Benserade retourné. Jusqu’à présent, le socialisme n’a pas réussi à M. Dupont, et certainement ce n’est point