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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1108

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mais au fond rien n’avait changé, seulement l’insurrection avait audacieusement violé la majesté royale au palais, et la souveraineté nationale à l’assemblée : elle était victorieuse sur tous les points, et le roi, qu’elle eut la fantaisie de ramener pompeusement à Paris, servit de trophée à ce triomphe. M. de Favras, avec quelques officiers courageux et dévoués, escorta Louis XVI. Il revint à Paris avec cette colonne hideuse qui ramenait son souverain comme un captif. Les gardes-du-corps désarmés marchèrent à pied, entourés de brigands le sabre nu à la main ; des femmes, couvertes de cocardes et de rubans tricolores, entouraient la voiture du roi, chantaient des chansons grossières, se mettaient à califourchon sur les pièces d’artillerie. On faisait de toutes parts, en manière de fantasia, un feu roulant de mousqueterie, pendant qu’à la même heure on promenait sur des piques, au Palais-Royal, les têtes de MM. des Huttes et de Varicourt, qui s’étaient fait tuer au château. Cet affreux cortége arriva la nuit à l’Hôtel-de-Ville, où Bailly déclara aux représentans de la commune que le roi et la reine revenaient avec une entière confiance dans leur bonne ville de Paris. Cette confiance, quelle qu’elle fût, n’était point partagée par les amis du roi ; M. de Favras notamment, et il ne s’en est jamais défendu, était indigné de la tranquillité des autorités nouvelles ; il trouvait absurde que, dans des circonstances aussi terribles, sur une pente aussi fatale, on se payât de quelques mots affectés, et que l’on se contentât de cacher sous les apparences d’une fausse sérénité de mortelles angoisses. Il aurait voulu réunir autour du roi un parti d’amis dévoués et prêts à tout pour sa défense. Entraîné tout à la fois par son esprit entreprenant, par son ardeur aventureuse et par son dévouement, gêné par son obscurité et par son manque de ressources, il cherchait de tous côtés les moyens de recruter cette phalange royaliste qu’il rêvait pour la première fois. Durant le funeste voyage de Versailles à Paris, il avait remarqué auprès de la portière du carrosse royal un jeune officier de la garde nationale, qui pleurait en voyant le roi et la reine dans une situation aussi affreuse. Il avait demandé le nom de cet officier ; on lui avait appris qu’il se nommait Pierre Marquier, qu’il était sous-lieutenant d’une compagnie de grenadiers du faubourg Saint-Antoine, et qu’il sortait des gardes françaises. Il avait noté ce nom sur ses tablettes et compté Marquier parmi ceux dont les sentimens pouvaient se rapprocher des siens : on verra quelle fatale conséquence eut cette observation fort naturelle en ce moment. M. de Favras, on le devine, était à la fois un trop mince gentilhomme et un personnage trop peu en évidence pour pouvoir s’adresser, avec quelques chances d’être écouté, aux courtisans de haut parage. Il aimait d’ailleurs à primer en toutes choses, et les hommes d’une position secondaire lui convenaient mieux