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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1064

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de toute sorte, batailles heureusement peu sanglantes, on connaît tout cet appareil des guerres civiles de l’Amérique espagnole. Ce côté-là n’attirait qu’assez peu mon attention dans l’insurrection qui avait subitement transformé autour de moi le village si animé de Chorillos en une solitude. Ce qui m’étonnait surtout, c’était l’attitude de la population, qui assistait silencieuse et morne à ces jeux militaires. C’est en face de spectateurs muets et insoucians que des généraux ambitieux se disputaient, les armes à la main, le gouvernement du Pérou. De péripétie en péripétie, le drame arriva enfin à sa dernière scène, l’avènement d’un protecteur absolu de la république : vaincu et fusillé quelques semaines après sa prise d’armes, le chef de la révolte avait cruellement expié son audace. C’est alors que je me hâtai de rentrer à Lima.

Je trouvai Lima fort triste ; au lieu de cette exaltation patriotique propre dans les momens de crise aux peuples vraiment forts qui croient à leur avenir, ce n’était partout qu’abattement, prostration et silence. Plus de samacuecas, plus de parties de campagne. Les portes des maisons se fermaient, et les rues étaient abandonnées bien avant la nuit on pouvait se croire dans une ville assiégée. Rien ne me retenant plus dans la capitale du Pérou, je songeai décidément au retour. Une population vive et spirituelle, partageant sa vie entre de stériles agitations politiques et de frivoles plaisirs, passant avec une singulière facilité de l’enthousiasme à l’insouciance, de la gaieté au découragement ; — au-dessus de cette population, quelques chefs luttant sans cesse pour garder ou conquérir le pouvoir, une armée toujours prête aux révolutions et toujours sûre de les terminer à son profit, — tel était en résumé le spectacle que m’avait offert Lima, et je quittai cette ville aussi charmé du caractère aimable de ses habitans qu’affligé de la situation politique où je laissais leur pays.

Au point de vue commercial, la situation du Pérou n’est guère plus satisfaisante qu’au point de vue politique. Le commerce du Pérou est presque entièrement un commerce d’importation, comme dans tous les pays où l’industrie n’est pas encore sortie de l’état d’enfance. Il embrasse tous les articles manufacturés en Europe et dans l’Amérique du Nord. Il faut y ajouter les soieries de Chine que les Américains de l’Union viennent jeter en grande quantité sur les côtes de l’Océan Pacifique, de Valparaiso à San-Blas. Parmi les trois grandes nations qui commercent dans ces parages, l’Angleterre, la France et les États-Unis, c’est la nation anglaise qui tient la première place, et qui semble de plus en plus appelée à s’approprier le monopole des marchés commerciaux de la mer du Sud. Les maisons anglaises établies dans les places principales de l’Amérique méridionale sont les succursales d’autres maisons dont le siège est en Angleterre ; devinent-elles un goût ou un besoin nouveau du pays, elles en informent la maison principale,