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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/105

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gardait la porte, et elle resta fermée sur les derniers défenseurs de la ville. Vers le milieu du jour, tout était fini. Il ne restait que les vainqueurs et des ruines ! Le reste de la soirée et le lendemain furent employés à raser la place. À la tombée de la nuit, on fit sauter les deux mosquées, celle de la zaouia et scelle de Zaatcha. Il fallait prouver aux Arabes que leur dieu, qu’ils invoquaient contre nous, ne pouvait désormais les protéger dans leur révolte.

Lorsque le minaret de la mosquée de Zaatcha sauta en l’air avec un fracas épouvantable, un long cri de joie s’éleva dans le camp : c’était le couronnement de ce siége si long, si pénible, qui nous avait coûté tant d’efforts et de sang. L’assaut surtout avait achevé de remplir nos ambulances. D’un corps expéditionnaire dont l’effectif avait varié de quatre à sept mille hommes, quinze cents environ avaient été tués ou blessés ; près de quatre vingts officiers frappés, dont trente mortellement. Le seul corps des zouaves, troupe incomparable et fidèle aux traditions de gloire que lui a léguées son premier chef, le général Lamoricière, comptait près de trois cents blessés. Les soins du moins ne leur manquèrent pas dans ce lointain désert, ni les consolations, et un pieux ecclésiastique vint de Constantine apporter les secours de la religion aux victimes du siége.

Les Arabes étaient consternés ; ceux des oasis voisines accoururent se livrer sans condition au général Herbillon. Au surplus, jamais spectacle plus propre à terrifier les imaginations ne s’était offert à leurs yeux. La ville détruite de fond en comble, les mosquées renversées, les habitans massacrés, les têtes de Bou-Zian, de son jeune fils et de Si-Moussa plantées au milieu du camp, les tribus nomades dispersées et dépouillées, les frais de la guerre imposés aux vaincus, tout leur disait assez à quels maîtres auraient affaire désormais les révoltés. Le surlendemain de la prise de la ville, le général fit lever le camp. Déjà l’odeur de tant de cadavres rendait la situation de l’armée intolérable. Les acclamations répondirent à l’ordre du départ, et la colonne se mit en marche pour Biskara, où elle arriva, deux jours après, dans un état de délabrement complet. Les figures de nos soldats accusaient les souffrances et les privations. Les durs travaux de ce long siége avaient usé leurs effets, et c’est pour la plupart avec des vêtemens de peaux de chèvre ou de mouton qu’ils firent leur rentrée dans ce premier poste occupé par la France, où ils amenaient les troupeaux de la razzia des nomades, de nombreux otages, et les têtes des chefs de l’insurrection que les Arabes des Ziban durent voir long-temps encore exposées sur la place du marché de Biskara en signe de l’éclatante défaite des révoltés.

Cette leçon mémorable ne fut pas la dernière que nous dûmes leur infliger. L’insurrection s’était propagée au loin ; il fallut encore la