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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1045

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doubles maisons appuyées sur le même mur de séparation, et ne communiquant entre elles que par des portes extérieures donnant sur le corridor qui règne sur toute la profondeur de l’édifice. Le premier et seul étage qui existât au-dessus de ces maisons est parfaitement marqué ; les poutres formant le plancher du premier étage sont encore engagées dans les murs, et sans les arbres qui ont poussé au beau milieu des appartemens, nul doute que des débris de toiture ne subsistassent encore. Le toit était en appentis rapide, appuyé sur le mur mitoyen qui sépare chaque double maison. Les appartemens sont carrelés avec de larges briques en terre cuite recouverte d’un vernis noir fin et brillant ; dans chaque appartement, il y a plusieurs de ces niches que j’avais remarquées pour la première fois dans les maisons de l’île de Titicaca : on retrouve encore sur les parois de ces niches des trous à distances égales, qui ne pouvaient servir qu’à soutenir divers rayons de planches. Il ne reste aucune trace d’escalier qui permette de supposer que l’on arrivât au premier étage par l’intérieur des appartemens.

Le bâtiment principal, qui fait face au mur triomphal de Choquiquirao, est formé de deux maisons composées chacune de trois longs appartemens, dont l’un, celui du milieu, paraît avoir servi d’antichambre. On y pénètre par deux corridors qui règnent sur toute la profondeur de l’édifice, l’un à droite, l’autre à gauche. À la droite du principal corps de logis, vers le milieu de la grande place, s’élève un bâtiment dont les cloisons intérieures se sont écroulées, et dans lequel on pénètre par trois portes. Un peu plus loin, on rencontre un réservoir et un bain à larges dalles de pierres, parallèles au principal corps de logis ; sur toute la longueur des corridors s’étend une large salle, dont rien n’indique la destination première.

En fait d’habitation particulière, le palais de Choquiquirao est ce que j’ai vu de plus complet parmi les monumens antiques du Pérou. Il nous initie en partie à la vie intérieure des anciens habitans du pays, et, s’il ne nous donne pas l’idée d’un grand comfort dans la vie matérielle, du moins il prouve que leur manière de vivre était en rapport avec leur civilisation, c’est-à-dire qu’ils avaient déjà dépasse l’état de lutte contre les nécessités de la vie, et qu’ils en étaient à la recherche du bien-être. Les pièces carrelées, les antichambres, les bains appartiennent à une civilisation qui peut être encore jeune, mais qui marche visiblement à la virilité.

Pendant que je m’occupais à dessiner les vieilles maisons de Choquiquirao et à mesurer leurs portes et leurs fenêtres, mes co-associés fouillaient la terre partout où ils croyaient reconnaître des traces d’enfouissement ; mais là, il n’y avait pas de ces grandes et belles chulpas comme à Atun-Colla ou à Maïocohamai. Les morts étaient empilés dans des trous creusés sous des rochers, et on n’y enterrait