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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1042

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très audacieuse, et un cousin de mon hôte accourut de vingt lieues pour partager les fatigues et les profits du descubrimiento. Mon hôte et son parent espéraient découvrir des trésors enfouis depuis la conquête ; ils me proposèrent de faire trois parts de tout ce que nous devions immanquablement trouver. J’y consentis, certain de rencontrer plus de pierres, de vases brisés et de poterie que de monceaux d’or.

Il fallut quelques jours pour achever nos préparatifs de départ. Un bœuf fut tué, coupé en petits morceaux et salé ; son cuir servit à faire des ojotas, sorte de sandales fort commodes pour les Indiens, qui sont habitués à les porter, mais dures et blessantes pour des pieds européens. Une provision de farine de maïs et d’eau-de-vie, le bœuf salé, des haches, des pioches et des barres de fer, tout cela fut réparti entre les quinze Indiens qui devaient nous accompagner, et le 2 juillet au matin nous partîmes, heureux comme des gens qui vont prendre possession d’une mine en plein rapport.

La première partie de la route fut charmante ; nous gravissions une montagne à pic, mais c’était l’affaire de nos mules, qui suaient et soufflaient de leur mieux ; nous chantions gaiement et admirions l’effet grandiose d’une quantité de pics rangés les uns à côté des autres, comme un immense jeu de quilles. Pour descendre, il fallut dire adieu à nos mules, qui reprirent le chemin de Yanama, et nous marchâmes droit sur l’Apurimac, qui coulait à quelque mille pieds plus bas. L’horrible chose que d’être les premiers à frayer un sentier à travers les bois et les hautes herbes ! Les Indiens marchent en tête, hache et serpe à la main, coupant à droite et à gauche juste ce qu’il faut de place pour le passage d’un ours ou d’un homme plié en deux. De temps à autre, une fissure profonde coupe le chemin, et il faut, pour passer, fabriquer un pont volant. Heureusement que les gros bambous ne manquent pas, non plus que les lianes pour les attacher solidement. L’on a perdu deux ou trois heures, et l’on reprend son fatigant voyage ; mais la provision d’eau est achevée : être obligé de courir sans eau au grand soleil, et cela dix heures de suite, c’est à pleurer de colère.

Le torrent qui sort des nevaos de Yanama passe dans la vallée au bas des montagnes qu’on descend pour gagner l’Apurimac. Du moment où nous l’aperçûmes, nous nous mimes à courir, et, en moins d’une demi-heure, nous avions parcouru les trois ou quatre milles qui nous en séparaient. Nous trouvâmes, dans la vallée qui se nomme Cotacouca, des champs de cannes à sucre qui datent du temps où les jésuites possédaient l’hacienda de Guatquinia. Je ne crois pas qu’il soit possible à un homme d’habiter cet étroit vallon, qui, du reste est très fertile, tant sont nombreux et affamés les moustiques qui en ont pris possession. Impossible de respirer, de boire ou de manger, sans avaler des quantités de ces horribles petites bêtes. Nous avions l’air