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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/104

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qui, mêlées aux défenseurs, devaient subir, comme eux, le sort des armes. C’est la nécessité cette loi inexorable de la guerre, qui justifie de telles fureurs, et toute ville qui est prise d’assaut, après avoir refusé de se rendre, y est condamnée. M. de Lavarande avait envoyé prévenir le général Herbillon que Bou-Zian était entre ses mains. « Faites le tuer, » telle fut la réponse. Un second message rapporte le même ordre. Le commandant fit appeler quatre zouaves et leur ordonna à un signal donné de viser au cœur. Se tournant ensuite vers Bou-Zian, il lui demanda ce qu’il désirait et ce qu’il avait à dire. « Vous avez été les plus forts, Dieu seul est grand, que sa volonté soit faite ! » Ce fût la réponse du chef arabe. M. de Lavarande, le prenant alors par la main, le força à se lever, et, après l’avoir appuyé le long d’un mur, se retira vivement. Les quatre zouaves firent feu. Bou-Zian tomba raide mort. On voulait lui faire couper la tête par le guide qui l’avait trahi ; mais celui-ci refusa et présenta aussitôt la sienne. Ce fut un zouave qui s’en chargea : il apporta ensuite le sanglant trophée au colonel Canrobert et le lui jeta entre les pieds. La tête du plus jeune fils de Bou-Zian fut également rapportée au colonel et alla rejoindre celle de son père. On décapita aussi le cadavre de Si-Moussa, qui avait été découvert au milieu des morts.

Cependant, sur les autres points de la ville, la guerre des étages supérieurs et des souterrains se continuait ; car il y eut deux champs de bataille dans cet assaut : l’un au-dessus du sol, l’autre au-dessous, ce dernier plus affreux que l’autre. Là où il était impossible à nos soldats de pénétrer, et où le combat dans l’ombre avec des ennemis entassés et invisibles n’aurait été qu’une sanglante mêlée inutilement périlleuse, on s’aidait de sacs à poudre ; leur explosion renversait les murs sur les défenseurs enfouis, et ceux qui n’étaient pas écrasés par leur chute périssaient étouffés dans les caves où ils avaient cherché leur dernier refuge. Le soldat, avide de vengeance, fouillait tous les coins des maisons, pénétrait par toutes les issues, ne laissait échapper aucune victime. Les Arabes avaient été enfermés dans un cercle de feu, et du côté de nos travaux d’attaque si bien gardés, et du côté de la campagne, que le général Herbillon avait fait cerner, pas un ne put échapper à l’extermination !

Nous avons dit que le commandant Bourbaki avait été chargé de couper les communications de Zaatcha avec l’intérieur. Toute la matinée il eut à soutenir une lutte des plus opiniâtres contre sept ou huit cents auxiliaires, qui, accourus au secours des assiégés, témoins de leur dernière résistance, excités par leurs cris, et séparés d’eux seulement par l’épaisseur des rangs de nos soldats, firent jusqu’à onze heures les efforts les plus désespérés pour s’y frayer un passage et ouvrir une porte de salut à leurs frères ; mais le bataillon des indigènes