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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1019

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présentant la petite figure d’argile, voilà l’ouvrage de vos mains ; vous savez qui je suis maintenant ?

— Eh bien ! dit le domben avec humeur, avez-vous encore une consultation à me demander ? Attendez au moins que je rattrape mon serpent ; il s’est enfui, et j’aurais du chagrin de le perdre, — un animal à moitié dressé, un sujet plein d’avenir, qui danse déjà comme une bayadère !

En parlant ainsi, il s’agenouilla au milieu de la pagode, et prononça quelques mots baroques accompagnés de sifflemens et de petits cris gutturaux. Le serpent, qui s’était glissé dans une fissure de la muraille, dressa la tête, sembla hésiter un instant à répondre à l’appel du jongleur ; puis il rampa lentement sur le sol et se jeta de lui-même dans le panier ouvert pour le recevoir.

— Voyons, dit le domben de l’air important d’un devin qui va donner audience à un paysan ; parlez !… Votre mari est mort, et vous n’avez pas voulu le suivre sur le bûcher ; cela se voit quelquefois. Quand on est jeune, la vie a son prix. Le petit que vous portiez sur vos bras est mort aussi, n’est-ce pas ? La pauvre créature était condamnée ; aucune conjuration, aucun remède ne pouvait le rappeler à la santé. Et l’autre…

— L’autre ! s’écria Padmavati, où est-il ?

— Ah ! c’est là le mystère, reprit le jongleur. Il a parcouru bien des pays depuis qu’on vous l’a volé, et il a été plus près de vous qu’il ne l’est maintenant. — Il prononçait ces paroles à demi-voix, d’un air distrait, et tout en faisant sauter d’une main dans l’autre ses boules de cuivre ; puis, s’abandonnant peu à peu à ses instincts de jongleur, il se leva et exécuta ses exercices avec des gestes emphatiques.

Domben, répondez-moi, dit Padmavati, qui écoutait avec une attention religieuse les phrases sorties de la bouche du jongleur, répondez-moi ; où est-il ?

— Est-ce moi qui vous l’ai pris ? répliqua sèchement le domben. Étais-je donc payé pour le redemander à tous les Kouravars que j’ai rencontrés sur ma route ? Je n’appartiens point à cette race de bateleurs, de sauteurs, de danseurs de corde, de vagabonds ; moi, je suis domben, et je connais la science des pambatty qui savent charmer les serpens… Il termina sa phrase par un de ces cris vibrans et saccadés que les gens de sa caste font entendre dans les rues pour s’annoncer aux passans.

— Voilà une roupie, la dernière qui me reste, répondit Padmavati ; dites-moi, avez-vous vu des Kouravars dans ce pays ?

— Oui, dit le jongleur d’une voix radoucie ; j’en ai vu une belle troupe, bien complète. Les enfans entrent dans les maisons pour danser et reconnaître les lieux ; les femmes vendent des paniers et volent ;