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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/101

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Zaatcha seuls ne semblaient passe douter du sort qui leur était réservé ; ils repoussèrent avec dédain les propositions que le général Herbillon crut devoir leur faire au dernier moment, suivant les lois de la guerre. Bou-Zian leur avait dit tant de fois que les Français ne pourraient jamais les prendre, qu’ils avaient fini par le croire. Ce guerrier, implacable dans sa haine contre nous, dirigea toutes les opérations de résistance et remplit jusqu’au bout tous les devoirs de ses fonctions à la fois religieuses et guerrières. La veille encore de l’assaut, il appelait, suivant la coutume des musulmans, ses fidèles à la mosquée. Dans l’intérieur des tranchées, à la faveur du calme de la nuit qui précéda le jour de l’assaut, on entendit la voix des fanatiques qui prenaient devant Dieu l’engagement de se faire tuer jusqu’au dernier serment qu’ils n’ont que trop bien tenu ! En sortant de la mosquée, ils se répandirent, comme ils avaient l’habitude de le faire chaque soir, vers les murailles de leur ville pour nous prodiguer, avec des coups de fusil, accompagnement obligé de toutes leurs démonstrations, les injures les plus grossières et les plus méprisantes. Le reste de la nuit se passa dans ce calme sinistre, précurseur des catastrophes : Quelques coups de canon, partant de nos batteries à longs intervalles, venaient seulement interrompre le silence profond qui régnait dans nos tranchées.

À l’aube du jour, nos hommes se levèrent à petit bruit et se formèrent silencieusement à leurs rangs de marche. Le colonel Canrobert, qui devait monter à l’assaut le premier, se fit désigner les plus braves dans sa colonne pour avoir l’honneur de l’accompagner. Il se forma ainsi une petite escorte de seize hommes, avec laquelle il devait se présenter à découvert aux premiers coups ; il avait en outre auprès de lui quatre officiers pour porter ses ordres. Toutes les dispositions de combat étaient prises, tout le monde était à son poste, il ne restait plus qu’à s’élancer au signal donné ; mais le colonel des zouaves voulut auparavant réunir tous ses officiers, pour expliquer à chacun la nature et l’importance de ses devoirs et l’obligation du succès. Il sut trouver en terminant de ces paroles que le patriotisme inspire et qui excitent la résolution dans tous les coeurs. Chaque commandant de compagnie vint redire à ses hommes les paroles du chef ; tout le monde était donc prévenu, chacun savait ses devoirs, il n’y avait plus qu’à marcher.

Aussitôt que le mouvement du commandant Bourbaki, qui devait tourner la place, fut fortement prononcé, on donna le signal de l’assaut. Il était environ sept heures du matin ; les clairons des zouaves et des chasseurs, mêlés au bruit des tambours, sonnèrent le pas décharge. Le colonel Canrobert fit sortir de la sape vingt-cinq chasseurs, sous la conduite d’un brave officier, M. Liotet, pour s’emparer d’une maison à gauche de la brèche et faciliter le passage, puis il s’élança lui-même à la tête de ses zouaves. L’élan qu’il leur imprima était tel qu’en peu d’instans