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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/1005

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IV. – La pagode et l’église.


Quelques jours après, un groupe composé d’une demi-douzaine d’indiens de basse, caste sortait de Pondichéry par les sentiers qui conduisent dans la campagne du côté du sud. La brise du soir, commençait à rafraîchir l’atmosphère embrasée ; les touffes de bambous balançaient leurs tiges flexibles avec un doux murmure. Le long des haies bordées de bananiers et de vacouas, sous les manguiers gigantesques dont les feuilles épaisses frémissaient au vent, de jeunes ; filles marchaient d’un pas rapide ; la cruche de terre rouge posée sur la tête, la main sur la hanche nue, elles se dirigeaient, vers les fontaines pour y puiser de l’eau. Les anneaux de cuivre suspendus à leurs pieds rendaient un bruit métallique, entendu des laboureurs, qui, du haut des cocotiers dont ils cueillaient les fruits, semblaient y répondre par de joyeuses chansons. À la molle langueur d’une journée brûlante succédait la fraîcheur vivifiante qui annonce le réveil de tous les êtres ; les oiseaux eux-mêmes, sortant de l’ombre où ils s’étaient tenus cachés, voltigeaient en plein soleil et gazouillaient d’une voix plus hardie. Tout renaissait dans la nature, tout revêtait un air de fête ; cependant le petit groupe qui traversait cette riante campagne, paraissait morne et attristé. En tête du cortège marchaient deux parias coiffés du turban blanc ; ils portaient sur leurs épaules une tige de bambou à laquelle était attachée une pièce de toile nouée aux quatre coins. Ce qu’enveloppait cette toile, disposée comme un hamac, c’était le corps de l’enfant chétif substitué par la vieille kouravar à celui du cipaye, et qu’ils allaient enterrer. À trois reprises les porteurs s’arrêtèrent, et le cipaye Pérumal, qui les suivait, fit glisser dans la bouche de l’enfant mort quelques grains de riz et quelques gouttes d’eau ; touchante et inutile cérémonie qui prouvait aux assistans que la vie avait pour toujours abandonné cette pauvre petite créature ! Enfin, quand le cortège fut arrivé au lieu désigné pour la sépulture, un sonneur de trompe, portant à ses lèvres une grande corne de terre cuite, en tira un son éclatant et terrible ; mais ce dernier appel ne put faire tressaillir l’enfant, qui dormait du sommeil dont on ne s’éveille plus.

La fosse fut bientôt creusée ; on y déposa le petit corps ; puis les parias piétinèrent le sol dont ils l’avaient recouvert, afin d’empêcher les chacals de l’exhumer. Sur sa tombe, le cipaye plaça une noix de coco brisée, dont le lait lui servit à faire une libation, et y jeta aussi une fleur comme un symbole de cette frêle existence, de cette tige naissante fauchée presque au berceau. Cette petite scène se passait à une certaine distance de la ville, au-delà de la plaine rendue fertile par les irrigations, à l’ombre d’un de ces bois de palmiers qui poussent