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et de la civilisation qu’ils sacrifiaient une éphémère popularité, quand ils retenaient l’Italie trop prompte à provoquer inconsidérément l’Autriche, quand ils sommaient les radicaux suisses de respecter la souveraineté des petits cantons catholiques ? Il est vrai, en Italie et en Suisse, ils ont échoué ; pourquoi ? Par leur faute ? Non, mais, ce qui est triste à dire, parce que, sur ces questions, l’opinion de leur propre pays a eu le tort de ne les point soutenir. Loin de nous l’intention d’accuser indistinctement les adversaires du dernier cabinet. L’esprit de nos institutions autorisait la sévérité, l’injustice même des jugemens qu’ils ont portés sur une politique qu’à coup sûr ils avaient le droit de ne pas approuver. Nos reproches vont à ceux qui, non contens d’user d’une critique amère, ont pris ouvertement parti contre leur gouvernement et pour l’étranger. À eux la responsabilité des malheurs de l’Italie et de la Suisse, car, il ne faut pas s’y méprendre, l’Angleterre n’eût point réussi à pousser les Italiens contre les Autrichiens, ni les radicaux de Berne contre les conservateurs de Fribourg et de Lucerne, sans les auxiliaires inattendus qu’elle a rencontrés dans une partie de l’opposition française. Que chacun réponde donc de ses actes.

Nous ne nierons pas que nous ayons été aise de trouver, dans le récit des événemens extérieurs survenus pendant les dix-huit années de la monarchie de 1830, une occasion de rendre hommage à un gouvernement que nous avons soutenu, servi et aimé, parce qu’il donnait satisfaction à notre raison et à nos convictions les plus chères. Dieu nous est témoin, cependant, que nous avons eu aussi un autre but. Nous sommes de ceux qui ont toujours pensé que le plus triste service à rendre aux peuples est de leur apprendre à mépriser les gouvernemens auxquels ils ont long-temps obéi. Selon nous, les royalistes, en 1815, ont eu grand tort d’insulter ce qu’il y avait eu de glorieux dans le gouvernement impérial, les libéraux n’ont guère agi plus sagement après 1830, en dénigrant les années douces et paisibles de la restauration. De semblables injustices n’ont pas même profité à ceux qui se les sont permises. De nos jours, où la calomnie, redoublant d’audace, s’attache à dégrader tous les régimes passés, afin de mieux troubler le présent et de ruiner plus sûrement l’avenir, il importait plus que jamais de placer la vérité en face du mensonge, et d’opposer un récit calme et précis à de violentes déclamations. En montrant par des documens multipliés et par des preuves irrécusables ce qu’ont été au juste les relations de la monarchie de 1830 avec les puissances étrangères, nous n’avons donc pas visé seulement à venger ce gouvernement le plus récemment tombé, et par cela même le moins connu peut-être et le plus calomnié ; nous avons aussi désiré rendre à notre pays un peu de ce respect pour son histoire et pour lui-même, sans lequel il ne tarderait pas à descendre du premier rang des nations.


O. D’HAUSSONVILLE.