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sentimens contradictoires ; oui, ils veulent l’indépendance de l’Italie, et ils ne savent pas se supporter mutuellement les uns les autres ; oui, ils veulent la liberté, et ils ne savent pas la défendre contre les factions. Mais quoi ? faut-il en conclure que l’Italie ne peut ni se gouverner elle-même, ni être gouvernée par des étrangers, et qu’elle est vouée à l’agonie sociale de l’Irlande ou à la sépulture convulsive de la Pologne ? Non : l’indépendance de l’Italie est un sentiment qui a pu faire beaucoup de mal ou empêcher beaucoup de bien depuis deux ans ; mais il peut et il doit avoir sa place dans l’Italie, telle que l’ont faite les traités. Il a sa place à Naples, à Rome, à Florence, à Turin. Parce que ce sentiment n’est pas de mise partout, il n’en est pas moins bien placé où il est. Nous en dirons autant de la liberté. Oui, le libéralisme n’a été ni aussi éclairé ni aussi ferme que nous l’aurions souhaité ; oui, il s’est laissé vaincre trop aisément par la démagogie ; mais, pour n’être pas encore tout ce qu’il pourrait être, le libéralisme peut cependant aussi avoir sa place dans les institutions de l’Italie, à Naples, à Rome, à Florence, à Turin surtout, où il a moins failli que partout ailleurs à ses devoirs et à sa destinée. Ah ! si vous rêvez, comme le rêvent beaucoup d’Italiens, une Italie centralisée et libérale, ayant une seule constitution, une seule assemblée, un seul roi, ah ! oui, cette Italie-là est impossible, et il y a plus : comme il n’y a rien de si funeste et de si pernicieux que la passion de l’impossible pour les peuples comme pour les individus, cette passion-là perdra l’Italie toutes les fois qu’elle s’y ranimera. Si vous voulez seulement l’indépendance et le libéralisme à Naples, à Rome, à Florence, à Turin, où est l’impossibilité ? La grande Italie n’est plus de ce monde ; mais le royaume de Piémont, le grand duché de Florence, les états pontificaux, le royaume de Naples, sont des états italiens qui doivent être indépendans et qui peuvent être libéraux. Ne nous hâtons donc pas de faire de l’Italie une Pologne qui s’agite dans sa tombe, ou une Irlande qui s’agite dans sa misère. Non : la nationalité est possible en Italie, point partout, mais en beaucoup d’endroits, et là où la fortune n’a point respecté la nationalité politique des Italiens, la nationalité morale est possible encore, et d’autant plus possible qu’il y aura, à côté de ces nationalités limitées et relatives, des nationalités plus heureuses et plus complètes. La fermeté des unes soutiendra la patience des autres.

Les élections piémontaises sont donc, selon nous, un heureux événement pour l’Italie et pour la cause libérale en Europe. Nous ne demandons au parlement qui se rassemble en ce moment à Turin et dont le roi de Sardaigne a inauguré l’ouverture par un discours généreux et sage, nous ne demandons à ce parlement ni grandes actions ni grosses paroles. Nous lui souhaitons la prudence et le tact, et, pour le voir répondre à tout ce que nous attendons de sa présence en Italie et en Europe, nous ne lui demandons qu’une seule chose, nous lui demandons d’être.

Il y a aussi des élections qui doivent, dit-on, se faire en Allemagne et un parlement allemand qui doit aussi, dit-on, se rassembler à Erfurth le 31 janvier 1850. De ces élections, si elles se font, nous ne savons pas en vérité ce que nous devons souhaiter, et nous ne savons pas non plus si nous souhaitons que le parlement allemand naisse et vive, tant il y a de brouillard et d’incertitude sur toute cette question allemande. Notons en passant quelques-uns des