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la place de Ferrare. L’exercice de ce droit avait dès le début donné lieu à quelques contestations de chancellerie entre le saint-siège et la cour de Vienne. Par le mot place, fallait-il entendre le château situé à peu près au centre de la ville, ou bien la ville elle-même ? On s’était bientôt mis d’accord quant à la pratique. Les Autrichiens n’occupaient exclusivement que le château proprement dit, construction sans valeur, et possédaient dans l’intérieur de la ville plusieurs casernes qui logeaient l’excédant de troupes que le château ne pouvait contenir. La garde des barrières et des autres postes était restée aux troupes pontificales. Il était difficile que dans les circonstances présentes, depuis surtout la formation de la garde civique, un pareil état de choses n’amenât pas quelques occasions de conflit. Trop de gens se croyaient d’ailleurs intéressés à les faire naître. Des provocations ne tardèrent pas à être échangées entre les patrouilles autrichiennes et la garde civique de Ferrare. Quelques rixes individuelles troublèrent aussi de nuit la paix des rues. Il n’en fallut pas davantage au commandant des forces militaires de l’Autriche pour agir comme si la sûreté de la garnison autrichienne était compromise. Le 10 août, une division de troupes assez considérable passa le Pô, vint renforcer les bataillons qui occupaient la citadelle, prit position dans la ville, occupa les barrières et tous les postes qui jusqu’alors avaient été laissés sous le commandement des autorités. Après avoir protesté vivement, le cardinal légat de. Ferrare avait dû céder et se soumettre. En aucun temps cette prise de possession, accomplie sans ménagement, avec grand fracas et une morgue insultante pour la susceptibilité italienne, ne serait passée inaperçue ; mais, si l’on songe au milieu de quelles préoccupations la première nouvelle de l’occupation de la ville de Ferrare vint tomber à Rome, on pourra aisément se figurer quel surcroît de trouble elle y jeta. Toutes les imaginations y étaient encore échauffées par la découverte de la grande conspiration du 16 juillet. Aux yeux de la multitude, la coïncidence était frappante. Comment douter que l’invasion des états romains par les troupes impériales n’eût été combinée avec ce même parti qui avait inspiré le motu proprio de juin, et préparé l’affreux guet-apens si heureusement déjoué par l’héroïsme de la garde civique de Rome ? Toutefois était-il possible, insinuaient perfidement les chefs du parti, que tant de trames eussent été entièrement dérobées à la connaissance du gouvernement ? Combien n’y avait-il pas au sein même du gouvernement, dans le sacré collége, et tout autour du pape, d’agens avérés de l’Autriche ! Mille rumeurs circulaient, l’animation était à son comble. Qu’allait faire le pape ?

La brusque occupation sans concert préalable d’une ville importante de ses états avait froissé le saint père dans sa dignité de pontife, ayant droit à plus d’égards de la part d’une puissance catholique, et dans sa