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qui les préservent de l’humidité. Les paysans hongrois ont, au contraire, l’été une large chemise ou blouse de toile blanche par-dessus leurs autres vêtemens ; l’hiver, une peau de mouton, bunda, qui, selon la température, se met du côté de la laine ou de l’autre ; la nuit, ceux qui gardent les troupeaux s’endorment dans cette pelisse. Les paysans d’Ienö sentaient leur bien-être et comprenaient le jugement que je portais sur leur situation ; ils savaient tous lire et écrire. La Bible, quelques histoires populaires du brigand Shoubry, pendu naguère dans un comitat voisin, sont d’ailleurs les seuls livres que j’aie rencontrés chez eux.

Dans les villages où les diverses races sont placées en regard les unes des autres, les caractères sont encore plus en relief. À Fured, près du lac Balaton, où se trouve une source d’eau minérale, le médecin, que sa profession met en rapport continuel avec les habitans, me disait : — Si vous voulez savoir à quelle nation appartient un paysan, vous n’avez qu’à lui donner un écu, et vous verrez ce qu’il en fera. L’Allemand le mettra dans une tirelire où il sera en bonne compagnie ; le Hongrois cherchera un ami pour aller boire au cabaret ; le Slave le portera au Juif vis-à-vis duquel il est toujours endetté : économie, générosité, exactitude, voilà les trois qualités principales et distinctives qui se présentent au premier aspect. Tous ces paysans, marqués d’ailleurs du sceau de leur race, se ressemblent par une santé robuste, une grande force de corps et des mœurs excellentes ; ils se marient tard : les Slaves ont beaucoup d’enfans, les Hongrois peu ; je ne connais pas d’exemple de mauvais ménages ; il n’y a pas d’enfans naturels dans le pays, ou plutôt toute liaison entre jeunes gens qui menacerait d’arriver à ce résultat est aussitôt couverte par le mariage. — J’ai lu ce matin, me disait encore le médecin de Fured, que des dames charitables à Pesth avaient formé une société sur le modèle de celles de Paris et de Londres pour recueillir les enfans naturels. Si dans le reste du royaume on se comporte aussi bien qu’ici, elles en seront pour les frais de leur bonne œuvre.

Toutefois, en admettant que la condition du paysan soit moins favorable dans d’autres parties de la Hongrie, les dernières diètes se sont incessamment occupées d’améliorer cette situation, surtout de l’élever en abolissant, je ne saurais dire les restes de servitude, mais les dernières traces de tutelle qui subsistaient encore dans les lois. C’est ainsi que nous avons vu la diète de 1836 accorder au paysan le droit de se racheter des dîmes et corvées au moyen de contrats perpétuels ; celle de 1840 lui accorda le droit d’acheter même des propriétés nobles. Pour le premier cas surtout, la loi, comme il doit arriver dans les pays libres, ne faisait que confirmer l’état des mœurs et régulariser les