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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/95

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Plus loin mes yeux ont salué, au milieu des hiéroglyphes, l’inscription suivante :

L’an VI de la république,
Le 13 messidor,
Une armée française commandée
Par Bonaparte est descendue
A Alexandrie.
L’armée ayant mis, vingt jours
Après, les Mamelouks en fuite
Aux Pyramides,
Desaix, commandant la
Première division, les a
Poursuivis au-delà des
Cataractes, ou il est arrivé
Le 18 ventôse de l’an VII.

Une main insolente avait ajouté : où était cette armée en 1814 ? Une main indignée a répondu par ces mots : Ne salissez pas une page de l’histoire.

C’est un charme de passer plusieurs jours dans cette île de ruines, allant d’un temple à l’autre sans y rencontrer d’autres habitans que les figures mystérieuses qui couvrent les murs et les tourterelles qui roucoulent sur les toits. Je me trompe ; dans un petit édifice, j’ai trouvé une pauvre femme dont tout le mobilier consistait en une écuelle de bois. A la rigueur, cela suffit pour vivre sous le ciel d’Égypte ; mais quelle vie ! La nuit, nous écoutions le gémissement des roues à pots qui ne s’arrêtent jamais ; ce gémissement nous semblait le soupir de l’Égypte, s’élevant comme une plainte à demi étouffée de cette terre misérable vers le ciel magnifique, à travers la sérénité des nuits. Avant le jour, nous étions assis sur une petite éminence au centre de l’île, et nous regardions le soleil poindre tout à coup derrière le faîte des temples. Quelles journées dans mon souvenir que ces journées de solitude, de travail et de rêverie, dans cette île inhabitée et peuplée de merveilles, qui était notre empire !


J.-J. AMPERE.