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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/896

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la suite, il conviendrait peut-être de l’abaisser encore par degrés. Il faut se souvenir que le transport du sucre est ou doit être une des principales ressources de notre marine marchande. C’est d’ailleurs une substance très bienfaisante, très saine, et d’une utilité infinie pour les populations. Ainsi, dans l’intérêt des consommateurs aussi bien que dans l’intérêt de la marine, nous croyons qu’il conviendrait de réduire progressivement le droit à 25 francs le quintal métrique, peut-être même à 20 francs, selon que l’expérience aurait montré jusqu’où l’accroissement de la consommation répond assez exactement à la baisse des prix. Au taux de 25 francs, pour que la recette annuelle se maintînt au chiffre de 175 millions, il faudrait que la consommation s’élevât à 700 millions de kilogrammes par an. Il nous semble que ce résultat, quelque phénoménal qu’il doive paraître aujourd’hui, ne serait pas très difficile à obtenir. Arrêtons-nous toutefois au taux de 35 francs que nous avons d’abord admis. Il offrirait déjà une amélioration très notable dans le présent. Sachons réserver la part de l’avenir.

Douterait-on par hasard de la possibilité d’élever la consommation du sucre en France à 500 millions de kilog. dans dix ans ? Ce serait pourtant encore bien peu, si l’on considère les usages si variés de cette substance et l’extension pour ainsi dire indéfinie dont la consommation est susceptible. En supposant que la population de la France fût encore dans dix ans ce qu’elle est aujourd’hui, ces 500 millions de kilogr. ne représenteraient qu’une consommation moyenne de 14 kilogrammes par tête. Or, les marins de la marine royale en Angleterre n’en consomment pas moins de 24 kilogrammes par tête et par an. On en distribue 17 kilogrammes aux pauvres détenus dans les work-houses. Si l’on en croit les rapports de quelques négocians anglais, entendus, au mois de mars 1847, dans l’enquête sur les lois de navigation, la consommation dans l’Australie anglaise ne serait pas moindre de 45 kilogrammes par tête et par an. Serait-il donc si téméraire de prétendre que la consommation moyenne de la population française pourrait, dans dix ans, atteindre à la moitié de celle de la population australienne ? Or, dans ce cas, le chiffre que nous avons admis pour la consommation totale serait grandement dépassé.

Quant à la possibilité pour les pays producteurs de suffire à cette consommation croissante, elle est si bien constatée aujourd’hui, qu’il serait à peine utile de la démontrer. Nous n’ignorons pas les laborieux calculs que l’on a faits sur ce sujet et les conclusions sévères que l’on a prétendu en tirer ; mais nous savons aussi tout ce que ces calculs ont de vain. Il est impossible, d’abord, de déterminer, nous ne dirons pas d’une manière exacte, mais seulement d’une manière raisonnablement approximative, le montant actuel de la production du sucre dans