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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/868

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au moins dans l’état présent des choses, parce qu’il faut tout à la fois considérer l’intérêt du trésor et ménager pour l’industrie les transitions. En aucun cas, il ne peut être utile ou convenable d’excéder la limite de 25 pour 100, parce qu’il n’existe aucune industrie en France qui ait besoin, même transitoirement, d’une protection plus forte.

Produits chimiques. — Dès l’abord pourtant, nous nous trouvons en face d’une exception. Quoique les produits chimiques soient considérés avec raison comme des articles fabriqués, ils suivent le sort des produits naturels en ce sens que, la production en étant limitée dans le pays par le nombre actuel des usines, qu’il n’est pas permis d’augmenter à volonté, ils peuvent devenir, comme ils deviennent en effet, l’objet d’un monopole. C’est assez pour que les droits sur ces articles, qui vont parfois à 100 et 200 pour 100 de la valeur, soient immédiatement réduits à un maximum de 8 ou 10 pour 100. Qu’on ne dise pas que la fabrique indigène aurait trop à souffrir d’un tel régime ! Les arts chimiques sont aussi avancés en France que dans aucun autre pays du monde, s’ils ne le sont pas davantage. Pourquoi donc nos fabricans craindraient-ils la concurrence étrangère, surtout quand on leur aura permis d’obtenir à bas prix les matières premières, et particulièrement le sel marin, qui fait la base d’un grand nombre de leurs produits ?

Malheureusement le sel marin est, aujourd’hui prohibé à l’importation. Par une conséquence naturelle de cette prohibition, le monopole s’est emparé de cette denrée nécessaire et en a élevé le prix bien au-delà des frais de production. C’est une des erreurs les plus cruelles, comme aussi l’une des plus inexplicables, du tarif que nous analysons. Elle a singulièrement aggravé, peut-être même doublé dans certains cas le poids de l’impôt. Cette prohibition doit disparaître, car il n’y a aucune raison, disons mieux, il n’y a aucun prétexte pour la maintenir, si l’on considère l’abondance de nos salines aussi bien que les facilités de la production, et elle doit être remplacée immédiatement par un affranchissement absolu. Il est à regretter que le gouvernement provisoire, en abolissant à partir de 1849 l’impôt du sel, n’annonce aussi que pour cette époque la conversion de la prohibition en un simple droit. Si l’impôt du sel intéresse le trésor public, la prohibition qui frappe le sel étranger n’intéresse que les monopoleurs. Il n’y a donc aucune raison pour la maintenir un seul jour, d’autant mieux qu’elle pèse à la fois sur les consommateurs et sur le fisc.

Du jour où, la prohibition sur les sels étrangers étant abolie et le monopole des producteurs étant détruit, le sel ne coûterait pas en France plus qu’il ne coûte ailleurs, les produits chimiques dont le sel est la base s’y fabriqueraient à des conditions tout aussi favorables. Il en serait de même par rapport aux autres produits chimiques, si on accordait pour les matières premières une pareille immunité. Dès-lors