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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/802

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pour l’état, pour les familles d’ouvriers et pour les individus isolés.

L’état y trouvera, outre une garantie d’ordre public, une énorme économie et un accroissement de produits agricoles, tandis que les forces employées dans les ateliers sont à peu près improductives.

La dépense actuelle pour chaque ouvrier employé aux ateliers nationaux ne peut être évaluée à moins de 2 fr. 50 cent. par jour, en y comprenant les frais accessoires, tels que outils, contre-maîtres, directeurs, comptables, etc. ; soit, pour 300 jours de travail, 750 fr.

La dépense par le système proposé serait comme suit :


Indemnité de route, en moyenne 10 fr
Supplément de salaire, à 50 cent. par jour pour 300 jours 150
160 fr.

L’économie serait donc de 590 fr. par individu.

De son côté, l’ouvrier serait nourri et aurait 90 cent. par jour nets. L’ouvrier des champs est moins bien payé, surtout en hiver.

Ainsi, sur les 85,000 ouvriers actuellement classés dans les ateliers de Paris, il y aurait une économie de 50,150,000 fr.

Quant à la famille de l’ouvrier, il est aisé de voir qu’elle aurait un grand avantage à la mise en pratique de ce système. En ce moment, elle vit presque uniquement de la journée de 2 francs que reçoit son chef aux ateliers nationaux ; pour juger de la différence entre cette situation et celle qui lui serait faite dans la commune rurale, supposons-la composée de quatre individus : le mari, la femme et deux enfans, l’un de neuf ans, l’autre de treize ans ; voici ce qu’elle aurait en sus de la nourriture, qui est chose capitale.


Le mari recevrait de l’état ou du propriétaire 0 fr. 90
La femme 0 fr. 55
Un des enfans 0 35
Le second enfant 0 fr. 15
1 fr. 95

C’est-à-dire 1 fr. 95 cent. par jour ou environ 600 fr. par an en sus de la nourriture. Il est incontestable que cette situation est meilleure que celle que donnent les ateliers nationaux. Elle est aussi très préférable à celle qui serait faite à l’armée agricole défrichant les landes et les montagnes, desséchant les marais. Dans nos villages et bourgs, les ouvriers trouveront en grande partie les distractions et les ressources qu’ils ont dans les villes : ils auront l’église, le curé, le maître d’école, le médecin, le marchand, le cabaret, toutes choses qui leur manqueraient au début, du moins dans les landes de la Bretagne ou de la Sologne.